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Mars

25.03.2007

Discours prononcé par Mme Angela Merkel, Chancelière fédérale et Présidente du Conseil européen, à l'occasion de la cérémonie célébrant le cinquantième anniversaire de la signature des Traités de Rome, à Berlin, le 25 mars 2007


Angela Merkel

Le discours prononcé fait foi

Messieurs les Présidents, Messieurs les Ministres-Présidents, Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous célébrons aujourd'hui le cinquantième anniversaire de la signature des Traités de Rome dans un lieu des plus symboliques, à Berlin.

Une ville qui jusqu'il y a 18 ans était divisée par le Mur, les barbelés et l’ordre de tirer. Une ville où des personnes ont payé de leur vie la fuite vers la liberté.

J'ai grandi à l'est de cette ville, en RDA. Lors de l'adoption des Traités de Rome, j'avais trois ans. J'en avais sept lorsque le Mur fut construit. Il divisa aussi ma famille. Je ne pensais pas que j'aurais l'occasion de me rendre librement à l'Ouest avant l'âge de la retraite. Mes chemins se terminaient à quelques mètres d'ici.

Et pourtant, le Mur est tombé. J'ai appris par ma propre expérience que rien ne doit rester comme il est.

C'est là un grand espoir pour tous ceux qui ne veulent pas s'accommoder des injustices de notre monde. C'est d'ailleurs un grand espoir pour tous ceux en Europe qui continuent de souffrir sous l'oppression, comme les citoyens du Bélarus. Ils célèbrent aujourd'hui l'anniversaire de leur indépendance. En ce jour, nous pensons aussi à eux et leur lançons: les droits de l'homme sont indivisibles. L'Europe est à vos côtés!

Mesdames et Messieurs,

Si aujourd'hui nous pouvons célébrer cette fête ici à Berlin, c'est parce qu'il y a un demi-siècle, quelques hommes politiques européens ont décidé de créer une œuvre de paix européenne sans précédent.

Soyons honnêtes: les cinquante ans des Traités de Rome, ce n'est au fond rien d'autre qu'un battement de cil dans l'histoire. Aurons-nous un jour davantage à fêter, fêterons-nous, le 25 mars 2057, le centenaire des Traités de Rome également dans une Europe de paix et de liberté, de démocratie et d'État de droit? Nous ne le savons pas.

Rien de tout cela ne va de soi. Tout doit être sans cesse consolidé et défendu. S'arrêter signifie reculer. Créer un climat de confiance nécessite des années. Une nuit suffit pour perdre cette confiance. Si l'Europe est divisée, elle trébuche plus rapidement que certains ne le croient.

En bref, il faut sans cesse s'engager pour préserver et réaffirmer l'unification européenne. C'est la tâche qui sera la nôtre à l'avenir. Tel est le message central des festivités d'aujourd'hui.

Il est vrai que le monde d'aujourd'hui n'est plus celui d'il y a cinquante ans. Des six membres fondateurs, on est passé à 27 États membres. De l'exemption des droits de douane est née une monnaie commune. Le monde des deux blocs a laissé la place à un monde de différents centres de forces.

Dans un monde de ce genre, il convient de se demander en permanence ce qui est le ciment de l'Europe au XXIème siècle, ce qui constitue son identité. Pour moi, la réponse est claire. L'idée que l'Europe se fait d'elle-même repose sur les valeurs communes et fondamentales. Voilà ce qui unit l'Europe.

Nous ne devrions pas oublier que pendant des siècles, l'Europe a été une idée, rien de plus qu'un espoir de paix et de compréhension. Nous, citoyens de l'Europe, savons que cet espoir s'est aujourd'hui concrétisé.

Et ce, justement parce que les pères fondateurs de l'Europe ont pensé bien au-delà de leur génération. Ils ont pensé au-delà de leur époque. Ils ont aussi pensé bien au-delà des seules libertés économiques.

Trois ans avant la signature des Traités de Rome, la Communauté européenne de défense échouait. Mais ce n'était pas la fin de l'Europe. En dépit de cette déception, le préambule du Traité instituant la Communauté économique européenne commençait en faisant référence "aux fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens".

Les pères fondateurs de l'Europe savaient que l'ordre économique et l'ordre politique ne pouvaient pas être séparés à long terme.

Les cinquante ans des Traités de Rome, cela se résume pour moi en une phrase: un rêve devenu réalité!

Ce rêve a pu devenir réalité parce que nous, citoyens d'Europe, avons appris au cours des 50 dernières années à exploiter au maximum notre identité et les traditions diverses, et la formidable diversité de nos langues, de nos cultures et de nos régions.

Ce rêve a pu devenir réalité parce que nous nous sommes souvenus de la qualité première qui, pour moi, fait l'âme de l'Europe, dans l'esprit de laquelle les Traités de Rome ont été possibles:

Cette qualité est la tolérance. Il nous a fallu des siècles pour l'apprendre. Sur le chemin de la tolérance, nous avons dû endurer des catastrophes. Nous nous sommes mutuellement persécutés et exterminés. Nous avons dévasté notre patrie. Nous avons mis en danger ce qui est pour nous sacré. La pire période de haine et de destruction n'a pas encore dépassé la durée de la vie d’un homme.

Mais aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, nous vivons unis, comme jamais nous n'avons pu le faire par le passé. Chacun des États membres a contribué à l'unification de l'Europe et à la consolidation de la démocratie et de l'État de droit. C'est grâce au désir de liberté des hommes et des femmes d'Europe centrale et orientale que nous avons pu mettre un terme définitif à la division artificielle de l'Europe.

Un des hommes qui a apposé sa signature aux Traités de Rome en 1957 est, et je l'ai déjà dit auparavant, aujourd'hui parmi nous: Maurice Faure. Aujourd'hui, exactement 50 ans plus tard, nous pouvons adresser à Maurice Faure et à ceux qui ont contribué avec lui à cette œuvre les termes de notre "Déclaration de Berlin": "La manière dont nous vivons et travaillons ensemble dans le cadre de l'Union européenne est unique en son genre. Notre chance pour nous, citoyennes et citoyens de l'Union européenne, c'est d'être unis."

Notre chance, c'est d'être unis. Comment pouvons-nous préserver, renforcer et approfondir cet acquis au moins pour les 50 années à venir en nous concentrant sur la principale force de l'homme, sur la force de la liberté, sur la liberté sous toutes ses formes:

En misant sur la force de la liberté, nous misons sur l'homme. L'homme est au cœur de notre action. Sa dignité est inviolable. J'ajouterais que cette conception de l'homme provient, pour moi personnellement, aussi des racines judéo-chrétiennes de l'Europe.

Cette conception de la force de la liberté et de la dignité humaine était déjà, avant les Traités de Rome, à la base de la CECA. En signant les Traités de Rome en 1957, les peuples de l'Europe se sont, pour la première fois dans l'histoire européenne, dotés de leur plein gré d'un ordre commun.

Ainsi, nous, ici rassemblés à Berlin, souscrivons aujourd'hui à une Europe de la solidarité, à égalité de droits, entre tous les États membres, grands et petits, anciens et nouveaux.

Seul, chacun des pays européens est trop faible pour relever les défis mondiaux. Il ne peut y avoir dès lors qu'une seule réponse: ne pas agir seul, mais ensemble dans une Europe unie.

L'ère de la mondialisation nous montre de manière de plus en plus évidente que la décision pour l'Europe était et est aussi une décision en faveur d'un certain mode de vie. Elle était et est une décision en faveur de notre modèle de vie européen. Il concilie réussite économique et solidarité sociale. Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons préserver notre idéal européen de société.

Ce n'est qu'ensemble que nous pourrons imposer, au niveau mondial aussi, nos critères économiques et sociaux.

Ne nous y trompons pas: le monde n'attend pas l'Europe. D'autres régions du monde se développent à une vitesse vertigineuse.

C’est pourquoi l’Europe a besoin avant tout d’une chose: d’une dynamique. Car sans dynamique, il ne peut y avoir de prospérité en Europe. Et sans dynamique, il y a aussi toujours moins de solidarité en Europe. Une Europe dynamique est une Europe à forte croissance. Qui crée des emplois. Qui honore les prestations. Qui déclare la guerre à la bureaucratie.

Ainsi sont renforcés les atouts de l’Europe, qui sont les connaissances et le savoir-faire de ses citoyens, l’éducation, la recherche et l’innovation. C’est la clé de la croissance, de l’emploi et de la cohésion sociale.

L’Europe doit être également pionnière dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et la protection de notre climat. Début mars, nous avons adopté en Conseil européen un plan d’action à ce sujet. Nous voulons lutter contre la menace que fait peser le changement climatique sur la planète. Pour cela, il nous faut des alliés dans le monde entier.

De toute façon, la mondialisation oblige l’Europe à se préoccuper encore davantage à l’avenir des influences extérieures.

C’est pourquoi une politique étrangère et de sécurité commune en Europe est indispensable. Elle ne doit cependant pas être isolée, mais se faire aux côtés de partenaires au-delà de l’Europe. Je suis persuadée que la relation étroite et amicale avec les États-Unis d’Amérique et une OTAN forte sont et seront à l’avenir dans l’intérêt fondamental de l’Europe.

Ce n’est pas à l’opposé de l’approfondissement de la coopération européenne. C’est au contraire le revers de la même médaille.

Nous avons tout autant besoin d’un partenariat stratégique global avec la Russie. Le partenariat stratégique avec la Russie et l’Alliance transatlantique ne sont pas antagonistes; ils forment un complément nécessaire. C’est justement l’Europe qui a développé une conception moderne de l’intégration: un ancrage institutionnel au lieu d’une division en camps, de la formation d’axes et de voies particulières. L’Europe ne doit jamais se diviser ou se laisser diviser sur aucune question.

Nous ne lutterons ensemble contre le terrorisme, la criminalité organisée et l’immigration illégale que si l’Europe est solidaire. Alors seulement, nous défendrons avec succès les libertés et les droits des citoyens y compris contre ceux qui les menacent. Jamais plus le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie n’auront alors une chance de s’imposer.

Nous pourrons alors nous mobiliser pour que les conflits dans le monde se règlent de manière pacifique et que les hommes ne soient pas victimes de la guerre, du terrorisme ou de la violence, pour faire reculer la pauvreté, la faim et la maladie, comme le sida, partout dans le monde. Nous voulons encourager la liberté et le développement dans le monde.

Dans notre "Déclaration de Berlin", nous disons explicitement vouloir "continuer de promouvoir la démocratie, la stabilité et la prospérité au-delà des frontières de l’Union européenne".

C’est un engagement dont on ne peut surestimer la valeur. Un engagement qui se concrétise par ailleurs rapidement. Songeons, en un jour comme aujourd’hui, également aux habitants du Zimbabwe et du Darfour. La souffrance y est insupportable. Réunis dans cette enceinte, nous lançons un appel au président Bashir du Soudan pour qu’il se plie enfin aux résolutions de l’ONU. Je le dis sans ambages: nous devons envisager des sanctions plus sévères.

Ainsi, comme nous l’avons fait par exemple hier en adoptant la nouvelle résolution des Nations Unies sur l’Iran, nous nous engageons, aux côtés de nos alliés et partenaires, à assumer une responsabilité mondiale.

Mesdames et Messieurs, même en un jour de fête comme celui-ci, nous ne devrions néanmoins pas nous leurrer: renforcer le modèle de vie européen, assumer une responsabilité mondiale, cela nécessite une capacité d’action supérieure à celle dont l’Europe dispose à l’heure actuelle.

En effet, nous le savons, l’Union européenne continuera à se nourrir à la fois de son ouverture et de la volonté des États membres d’approfondir son développement interne.

La structure interne doit être adaptée à la nouvelle taille de l’Union européenne à 27. Comment y parvenir? Ma réponse est claire: l’Union européenne a besoin de davantage de compétences et, de surcroît, de compétences mieux définies: en matière de politique énergétique, de politique étrangère et de politique intérieure et judiciaire.

Elle doit mieux délimiter les compétences de ses États membres et les siennes.

Elle doit se concentrer sur l’essentiel et préserver dans toutes les situations possibles les particularités nationales des États membres.

Elle doit veiller à ce que ses institutions fonctionnent efficacement, de façon démocratique et transparente même à 27 pays ou plus. L’enjeu est de taille.

Une chose est sûre: ceux qui espéraient que cinquante ans après la signature des Traités de Rome, nous aurions un traité constitutionnel, sont déçus.

Mais il est tout aussi vrai que ceux qui espéraient que l’Europe ait conscience de la nécessité de renforcer sa structure constitutionnelle interne verront que notre "Déclaration de Berlin" montre la voie. Car nous savons qu’il nous faut toujours adapter la construction politique de l’Europe aux réalités nouvelles.

Il est donc important et nécessaire qu’aujourd’hui, à Berlin, cinquante ans après la signature des Traités de Rome, nous partagions l’objectif d’asseoir l’Union européenne sur des bases communes rénovées d’ici les élections au Parlement européen de 2009.

Je m’engage pour qu’un calendrier puisse être adopté pour cela à la fin de la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne, et je compte sur votre appui.

Je suis convaincue qu’une réussite n’est pas seulement dans l’intérêt de l’Europe mais aussi des États membres et dans notre intérêt à nous, les citoyens européens.

Un échec serait une omission historique. Ce que nous décidons aura des effets pendant longtemps aussi bien dans un sens positif que négatif.

En fait, Mesdames et Messieurs, nul n’est besoin de parler d’échec. L’Europe a surmonté si souvent de grands obstacles. Les négociations des traités, dont nous célébrons aujourd’hui le cinquantième anniversaire, en sont un bel exemple.

J’ai lu qu’un membre d’une délégation participant aux négociations, un Britannique je crois, disait à l’époque que le traité n’avait aucune chance d’être signé, que s’il était signé, il ne serait pas ratifié et que s’il était ratifié, il ne serait jamais appliqué. Je ne sais pas, Mesdames et Messieurs, ce que ce négociateur dirait des festivités d’aujourd’hui.

Il n’était d’ailleurs pas le seul à être sceptique. Un homme politique pas tout à fait inconnu aurait dit lui – je cite: "Les traités, voyez-vous, sont comme les jeunes filles et les roses: ça dure ce que ça dure!" Mesdames et Messieurs, on peut dire aujourd’hui que le rosier a nettement poussé depuis 1957, et c’est une jeune fille plus toute jeune, j’en conviens, qui est cosignataire de la "Déclaration de Berlin".

Et puis, j’aimerais mentionner le journal belge "La Libre Belgique" qui écrivait en substance à l’époque au sujet des négociations des Traités de Rome que les Allemands sont tous des "Doktor" importants et bien organisés, que les Français sont bien élevés et qu’ils aiment les projets et les théories, et que les Italiens portent de merveilleuses cravates et de magnifiques chaussettes, et que chez eux, même les statistiques ressemblent à des feux d’artifice.

Oui, Mesdames et Messieurs, nous sommes tout cela, et même plus, bien plus. C’est cela l’Europe. Le scepticisme, les contradictions, la diversité, et aussi maints clichés auxquels nous nous sommes attachés, et aussi et surtout le courage. Tout cela, c’est l’Europe.

L’Europe, c’est bien plus que la vache à lait et la directive sur les substances chimiques. Regardez autour de vous! Des femmes et des hommes venus de 27 pays européens nous entourent, ainsi que des élèves et des étudiants du programme Erasmus, de même que les musiciens de l’Orchestre des jeunes de l’Union européenne qui jouent pour nous sous la direction de Vladimir Ashkenazy.

Parfois, je pense qu’en nous concentrant comme nous le faisons pour agrandir et rénover notre maison commune européenne, il est possible que tous ces travaux nous fassent oublier la grandeur, le caractère unique de cette maison.

En effet, après toutes les guerres et énormément de souffrances, quelque chose d’extraordinaire est né.

Notre chance pour nous, citoyennes et citoyens de l’Union européenne, c’est d’être unis. L’Europe est notre avenir commun.

Elle a été le rêve de générations entières. Notre histoire nous commande de préserver cette chance pour les générations futures.

Je souhaite que les citoyennes et les citoyens européens puissent dire dans cinquante ans:

Jadis, à Berlin, l’Europe unie a bien posé les jalons.

Jadis, à Berlin, l’Union européenne a pris le bon chemin, vers un avenir heureux. Elle a ensuite rénové ses bases afin d’apporter sa contribution vers l’intérieur, sur ce vieux continent, comme vers l’extérieur, dans ce grand petit monde unique.

Pour le bien. Pour les citoyens. Telle est notre mission pour l’avenir.

Je vous remercie.



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Date: 10.04.2007