Monsieur Köppel,
Monsieur van Steen,
Monsieur Zervos,
Mesdames et Messieurs,
Les défis planétaires
Je vous souhaite la bienvenue au « European Policy Workshop on Maritime Wind Power Deployment » à Berlin ! Après les ateliers d’Egmond en 2004 et de Copenhague en 2005, je suis heureux de pouvoir, dans le cadre de la présidence allemande de l’UE, poursuivre cette série de manifestations importantes. Cet atelier sur l’utilisation de l’énergie éolienne maritime est une contribution à nos efforts pour faire avancer la protection du climat et l’assurance de l’approvisionnement énergétique par le développement des énergies renouvelables. Je vous remercie dès maintenant de votre soutien concernant ce dossier qui nous tient à cœur !
C’est à un moment déterminant que se déroule cet atelier, car il est de plus en plus évident que les questions concernant l’énergie et le climat seront décisives pour le siècle actuel. Pourquoi en est-il ainsi ?
L’avenir de l’économie mondiale dépend d’une utilisation intelligente des ressources en les ménageant. Le gaz, le pétrole et l’uranium vont se raréfier. La recherche de combustibles deviendra plus difficile et demandera des moyens techniques plus coûteux, les prix flambent.
Simultanément, les pays émergents et les pays en développement ont aussi besoin d’accéder à l’énergie. C’est une question de respect des Droits de l’Homme.
On se disputera de plus en plus âprement les matières premières, cela pouvant même aller jusqu’à déclencher de nouveaux conflits explosifs. Des guerres ayant pour enjeu les ressources ont déjà eu lieu, elles seront plus fréquentes à l’avenir. Bref : la politique énergétique est une politique de paix et de sécurité !
Le changement climatique s’opère de plus en plus vite, il est plus marqué que toutes les suppositions faites jusqu’ici. C’est aussi ce qui ressort en toute clarté du rapport du GIEC publié au début de ce mois ! Les causes du changement climatique sont identifiées. Effectivement on n’a pas pris suffisamment de mesures au cours des vingt dernières années.
Le rapport de Sir Nicholas Stern et l’étude de l’Agence internationale de l’énergie montrent que les dommages seront infiniment plus élevés que les actions que l’on peut mener maintenant. Plus nous attendrons, plus les dommages et les coûts en résultant pour l’économie mondiale seront élevés. La fenêtre temporelle qui nous reste pour agir ne va pas au delà des 10 à 15 prochaines années. Le temps presse !
Pour faire face à ces défis, nous devons trouver une solution commune, intégrée. C’est l’objectif de la présidence allemande de l’UE. Quel est, dans tout cela, le rôle de l’éolien maritime ?
Les réponses de la présidence allemande de l’UE
Le 10 janvier, la Commission européenne a présenté son « paquet énergie ». La Commission exige que la protection du climat soit obligatoirement au centre de la politique énergétique pour l’Europe. Cette approche intégrée va dans la bonne direction et mérite à ce titre notre soutien intégral. Mais il y a aussi des résistances et des réserves, comme l’a montré le conseil des ministres de l’Environnement qui s’est tenu, il y a une semaine. C’est pourquoi je félicite la Commission de son courage et je souhaite que nous passions très prochainement à une proposition ambitieuse.
Le ministère fédéral de l’Environnement soutient les propositions de la Commission, qui visent une amélioration massive de l’efficacité énergétique à tous les niveaux et le développement des énergies renouvelables. Nous allons poursuivre cette double stratégie. Néanmoins, nous constatons que l’UE n’atteindra vraisemblablement pas sans plus son objectif de développement de 12 % en 2010. C’est pourquoi il est extrêmement important de fixer un cadre à long terme. C’est pourquoi je me réjouis expressément de la décision prise par le conseil des ministres de l’Énergie, la semaine dernière, à savoir la fixation d’un objectif juridiquement contraignant augmentant la part de biocarburants à au moins 10 % de la consommation totale de carburants ainsi que d’un objectif d’au moins 20 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énegies primaires à l’horizon 2020.
Lors du Conseil européen des 8 et 9 mars 2007, la présidence allemande de l’UE interviendra de nouveau en faveur de l’objectif juridiquement contraignant, s’appliquant à toute l’UE, qui consiste à atteindre une part de 20 % des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique d’ici 2020. La feuille de route pour les sources d’énergie renouvelables présentée par la Commission expose pertinemment comment nous pouvons atteindre cet objectif. L’objectif global devra se traduire en objectifs nationaux contraignants s’appliquant aux divers secteurs. En ce qui concerne les énergies renouvelables, cela signifie qu’en 2020, environ 34 % de la consommation européenne d’électricité devrait être couverte par celles-ci. C’est une tâche considérable, étant donné qu’en 2005, nous n’en étions qu’à 15 %, mais cela est faisable.
Pour y parvenir, les États membres doivent concrétiser ces objectifs au niveau opérationnel et développer des mesures adéquates permettant de les réaliser. Je pense que nous y contribuerons avec cet atelier sur l’utilisation de l’éolien maritime et que nous concrétiserons ainsi les propositions de la Commission.
L’éolien maritime en tant que l’un des piliers de l’approvisionnement en énergie du futur
Dans le domaine de l’électricité, de grands progrès ont été réalisés ces dernières années notamment avec l’énergie éolienne et la biomasse. Je suis cependant convaincu qu’en 2020 l’Europe réussira à fournir une part d’environ 34 % de la demande d’électricité au moyen d’énergies renouvelables, si elle utilise son énorme potentiel d’énergie éolienne en mer. C’est pourquoi, il est très important de posséder des conditions cadre adéquates permettant de développer l’éolien maritime dans chaque État côtier. Cela s’adresse aussi bien aux gouvernements nationaux qu’à la Commission européenne.
Où en sommes-nous actuellement ? La puissance des fermes éoliennes installées dans toute l’Europe atteint à peine 1.000 MW. De premières expériences ont été réalisées au Danemark, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Suède. En Allemagne, l’utilisation de l’éolien maritime s’est trouvée retardée surtout parce que les installations projetées sont fortement éloignées des côtes et que les profondeurs d’eau atteignent jusqu’à 40 mètres ainsi qu’à cause de la hausse du coût des installations.
Nous avons besoin d’un objectif pour développer l’éolien maritime en Europe. Ce n’est qu’ainsi que nous pouvons avancer pas à pas dans sa réalisation et prendre les bonnes décisions. C’est la raison pour laquelle je propose que nous nous mettions d’accord sur un objectif. Cela fournirait aussi un cadre législatif et réglementaire au secteur de l’éolien maritime et enclencherait un développement positif, tel que nous l’avons vécu avec l’éolien terrestre.
Évidemment la question se pose de savoir à quel niveau pourrait se situer cet objectif. C’est pourquoi les experts sont priés de faire des propositions. J’attire votre attention sur le fait que Sigmar Gabriel, le ministre fédéral de l’Environnement, a parlé d’une puissance installée des fermes éoliennes maritimes en Europe de 50.000 MW en 2020, lors de la European Renewable Energy Conference, il y a trois semaines à Bruxelles. Il ressort également d’une étude de la Commission européenne que ce chiffre est réaliste.
Avec 50.000 MW on pourrait faire un grand pas en avant. À en croire le secteur de l’éolien, en 2030 on pourrait même couvrir environ 13 % de la consommation européenne d’énergie par de l’éolien maritime.
Mesdames et Messieurs,
Je pense que cela va nous faire prendre conscience à tous de l’importance de la tâche que vous allez avoir à assumer au cours de cet atelier. Votre mission est de faire en sorte qu’à l’avenir un dixième de la consommation européenne d’électricité puisse être assuré tout en préservant le climat.
L’éolien maritime en Allemagne
En Allemagne, nous avons réalisé une amélioration importante à la fin de l’année dernière en ce qui concerne l’utilisation de l’énergie éolienne maritime. Nous avons adopté une loi qui impose une nouvelle mission aux exploitants de réseaux : le rattachement au réseau des fermes éoliennes. Ce sont les exploitants de réseaux qui doivent construire et exploiter le rattachement au réseau pour ces fermes éoliennes. Ils sont autorisés à en répercuter les coûts dans toute l’Allemagne, en l’occurrence par le biais de la rémunération de l’utilisation des réseaux.
On tourne une page : le fait de décharger les exploitants de fermes éoliennes maritimes du coût du rattachement au réseau représente un avantage important pour eux.
Compte tenu des retards, il reste à vérifier si les dates de dégression et les dates auxquelles prendra fin la majoration des prix de rachat de l’électricité de source éolienne maritime devront être repoussées afin d’assurer la rentabilité de l’exploitation des fermes.
L’objectif du Gouvernement fédéral est d’avoir d’ici 2030 des fermes éoliennes maritimes d’une puissance totale tournant autour de 20.000 à 25.000 MW sur les côtes allemandes de la mer du Nord et de la Baltique. Elles couvriraient environ 15 % des besoins en électricité de l’Allemagne. Cela en vaut la peine tant au point de vue écologique qu’économique : les investissements qui seraient déclenchés par la stratégie offshore du Gouvernement fédéral se monteraient à environ 50 milliards d’euros. Cela créerait au moins 20.000 emplois supplémentaires en Allemagne.
Mesdames et Messieurs,
Il s’agit là de l’un des plus gros programmes d’investissement pour des Länder côtiers. Ce qui a du bon, c’est que cette approche est transposable au niveau européen.
Les défis de l’utilisation de l’énergie éolienne maritime
Il y a encore beaucoup de pain sur la planche. En effet,
le coût des éoliennes maritimes a augmenté ces dernières années à cause du prix élevé des matières premières et d’un marché mondial des éoliennes terrestres en plein essor. Nous devons donc poursuivre les recherches et les développements pour maîtriser les coûts et rendre l’énergie éolienne maritime encore plus rentable.
Dans plusieurs États membres les procédures d’autorisation d’installation de fermes éoliennes maritimes demeurent encore très lourdes. Il faut simplifier ces procédures aussi pour abaisser le prix des installations – au mieux en adoptant une approche dite « one-stop-shop », c’est-à-dire où l’on n’a à faire qu’à une seule autorité pour obtenir une autorisation.
Le réseau électrique européen n’est pas suffisamment adapté à l’intégration de grandes quantités d’énergie éolienne maritime. Cela concerne, d’un côté, le manque de capacités du réseau au sein des États membres, comme l’a montré l’analyse effectuée par dena en 2005 pour l’Allemagne. D’un autre côté, les points d’interconnexion entre les États membres doivent être développés. Importantes sont les lignes de raccordement avec la Norvège et la Suède, qui disposent fondamentalement d’excellentes capacités de puissance standard avec une part élevée d’énergie hydraulique dans leur production d’électricité. Accessoirement, ce développement favoriserait la concurrence entre les entreprises.
La réponse des États membres aux défis
Mesdames et Messieurs,
Nous devrions débattre ici de la question de savoir quels travaux les États membres doivent faire seuls et quels sont ceux pour lesquels ils ont besoin du soutien de la Commission européenne.
Les États de l’UE se font concurrence avec les recherches et développements technologiques sur les fermes éoliennes qu’ils effectuent chacun au niveau national. C’est bien ainsi. La concurrence suscite les meilleures innovations. Il existe toutefois aussi des projets nécessitant une coopération. Il s’agit, par exemple, de l’exploration d’effets cumulés de l’énegie éolienne maritime sur l’environnement ou de son intégration dans un réseau, en l’occurrence un réseau en offshore et transfrontalier. Il faut identifier ces projets de type « man to the moon » et les faire avancer ensemble au sein de l’UE, par exemple en utilisant la nouvelle plate-forme technologique européenne « énergie éolienne ». Cette coopération pourra aussi être développée, par exemple, à partir de la coopération entre la France et l’Allemagne dans le cadre de l’initiative de croissance – énergie éolienne - dont elles ont convenu.
La stratégie dite de Copenhague que nous avons élaborée lors de l’atelier d’octobre 2005, est la bonne approche pour l’utilisation de l’énergie éolienne maritime en Europe. Sa mise en œuvre doit dorénavant occuper le premier plan.
L’UE doit intervenir en ce qui concerne l’intégration des réseaux et l’adaptation nécessaire aux structures de ceux-ci. Le programme de la Commission européenne relatif aux réseaux transeuropéens de l’énergie (RTE-E) doit considérer le raccordement des éoliennes maritimes du nord de l’Europe comme étant un projet prioritaire. Nous soutenons la proposition d’instituer un coordinateur européen à cet effet.
Mesdames, Messieurs,
Je souhaiterais que vous définissiez les compétences exigées d’un tel coordinateur.
Je reviens sur la puissance installée provenant de l’éolien maritime chiffrée à au moins 50.000 MW en 2020. Cet objectif est réaliste. C’est un objectif nécessaire. C’est le seul moyen pour l’Europe d’augmenter fortement sa part d’énergies renouvelables dans la production d’électricité d’ici 2020.
En vue de cet objectif, permettez-moi d’appuyer l’appel ancré dans la stratégie de Copenhague, à savoir que la Commission devrait élaborer un plan d’action européen « énergie éolienne maritime ».
Et, pour finir, je vous serais reconnaissant, si vous pouviez, non pas ici ni maintenant, mais dès que vous serez rentrés dans vos pays respectifs, contribuer à ce que le conseil européen des 8 et 9 mars adopte, pour 2020, un objectif contraignant de 20 % quant à la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique.
Je vous remercie de votre attention.