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Février

07.02.2007

Discours du Ministre fédéral des finances, Monsieur Peer Steinbrück, au ministère fédéral des finances à Berlin


Mesdames et Messieurs,

15 ans après avoir posé un jalon essentiel pour la construction européenne avec le traité de Maastricht, nous voulons aujourd’hui ajouter un nouvel élément à l’édifice. Pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, la présidence en exercice crée avec les deux pays qui reprendront après elle la présidence, le Portugal et la Slovénie, une présidence tripartite qui s’étendra sur 18 mois et que nous allons entériner au terme de cette manifestation par la signature d’un accord de tripartite.

Pour nos trois pays, comme pour Fernando, Andrej et moi, cela signifie surtout une chose : endosser une grande responsabilité pour une grande Union européenne. Avec l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie qui porte désormais le nombre des citoyennes et citoyens de l’Union à plus de 490 millions, celle-ci devient le plus grand marché intérieur du monde : c’est une responsabilité à tous égards.

A plus forte raison dans une Union européenne élargie dans de telles proportions, il nous faudra donner des garanties et la preuve de notre capacité à agir dans le domaine de la politique économique et financière, et cela aussi essentiellement pour assurer, sur le long terme, le succès de l’union monétaire européenne. L’une des clés essentielles pour y parvenir, c’est l’intensification ultérieure du marché intérieur européen. Ceci fournira le potentiel de croissance dont nous avons besoin non seulement pour que progresse l’emploi en Europe, mais aussi pour garantir la cohésion sociale de nos sociétés, que certains appellent le ciment social.

Les changements structurels ont besoin de temps pour donner leurs fruits, et bien souvent plus de temps qu’il ne serait souhaitable au regard de la politique et plus que ne peut en supporter la patience des citoyennes et des citoyens. Il est évident que des projets européens complexes ne se réalisent pas de manière expéditive. De par leur nature, de tels projets, notamment dans le domaine des finances, de la fiscalité ou des marchés financiers, requièrent en général plus des six mois que dure une présidence pour être menés à terme avec succès.

Il est par conséquent tout à fait logique que le Portugal et la Slovénie aient élaboré avec l’Allemagne, pour la première fois, un programme tripartite couvrant une période de 18 mois jusqu’à l’été 2008. Avec un tel programme, nous garantissons la consistance, la durabilité et la convergence de nos travaux au sein du Conseil Ecofin. Ici, je voudrais remercier Fernando et Andrej pour leur excellente collaboration à la préparation de ce programme, et je suis convaincu qu’avec un esprit aussi coopératif non seulement nous ferons faire un grand pas en avant à l'Europe, mais nous servirons également d’exemple pour ceux qui nous suivrons sur la voie des présidences tripartites.

En ce qui concerne le travail à réaliser dans le cadre de l'Ecofin, nous nous sommes accordés sur un triple objectif :

assurer l’effectivité et l’efficience des procédures de coordination des politiques financière et économique ;

continuer de progresser vers l’achèvement du marché intérieur, en particulier dans le domaine des services financiers et de la fiscalité ;

améliorer la qualité des finances publiques dans l’Union européenne.

La situation conjoncturelle  

 

Mesdames et Messieurs,

En ce qui concerne l’activité économique en ce début de présidence tripartite, les présages sont favorables. La Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, tous les experts, s’attendent à une reprise durable de l’activité économique. Cette reprise touche désormais pratiquement tous les secteurs de l’économie, et qui plus est, elle entraîne enfin aussi une recrudescence de l’emploi

C'est pourquoi le message qu'entend faire passer notre présidence tripartite est clair : Le moment n’a jamais été aussi favorable depuis longtemps pour faire avancer dans les Etats membres les réformes structurelles indispensables et pour poursuivre la consolidation des budgets publics.

Ce n’est pas sans fierté que je déclare que l’Allemagne est en mesure, non seulement sur le plan politique, mais aussi à nouveau sur le plan économique, d’assumer ses responsabilités pour une Europe forte

La croissance de l’économie allemande est actuellement plus forte que celle des Etats-Unis, notre modèle en ce domaine depuis de longues années.

L’Allemagne compte aujourd’hui presque 760.000 chômeurs de moins qu’il y a un an et, l’an dernier, nous avons connu la plus forte progression en matière d’emploi depuis l’année 2000.

Avec un déficit des administrations publiques à hauteur de 1,9% du PIB en 2006, l’Allemagne a, pour  la première fois depuis quatre ans, respecté les critères de Maastricht et ce, de façon très nette !

Le nouvel endettement net qui devrait probablement atteindre cette année 19,5 milliards d’euros environ sera le plus bas que le pays ait connu depuis la réunification !

Les plus grands PDG européens ont même élevé l’Allemagne au rang de pays le plus compétitif de la zone euro –ce qui n’est pas peu dire ! Il n’y a rien d’étonnant à cela lorsque l’on sait que le DAX a connu une évolution de 40 pour cent plus favorable que le Dow Jones depuis le début de l’année 2005 !

Et last but not least : Après plus de 10 ans de récession, l’industrie du bâtiment a enfin pris un tournant l’année dernière et apporte de nouveau sa contribution à la croissance économique !

Vous serez certainement de mon avis pour dire que, compte tenu des problèmes et de la morosité ambiante des dernières années, ce tableau est à la fois réjouissant et surprenant.

Ceci, même s’il nous reste encore beaucoup à faire – je ne veux en effet minimiser en aucun cas l’importance du travail qui demeure à accomplir –, une chose semble claire et devrait encourager tous ceux qui sont favorables aux changements et qui les gèrent : Il faut avoir conscience du fait que,

si la politique met sérieusement en œuvre les réformes structurelles telles que l’Agenda 2010, les premiers effets positifs se feront sentir avec le retard typique des réformes structurelles,

si les entreprises veillent d’une manière conséquente à remettre de l’ordre dans leurs frais et misent sur les innovations et les améliorations de la qualité de leurs produits, elles acquerront alors la force suffisante pour décrocher le titre de champion du monde des exportations

et si les salariés et les syndicats, par la conclusion d’accords salariaux raisonnables et sous l’effet d’une plus grande flexibilité du temps de travail, signalent clairement aux entrepreneurs qu’il est possible d’embaucher à nouveau du personnel,

alors nous pourrons de nouveau aller de l’avant dans ce pays au cœur de l’Europe. Nous avancerons certes pas à pas, et non d’un seul coup, mais nous avancerons avec sérieux, obstination et fiabilité. Je dirais presque : Nous avancerons d’une manière typiquement allemande, au bon sens du terme !

Mesdames et Messieurs,

Dans ces conditions, la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne n’arrive pas trop tôt, mais juste à point. Dès le début de cette présidence - dont 59% des Allemands ignoraient encore l’existence jusque récemment -, j’aimerais contribuer à renforcer la conscience dans notre pays, à savoir la conscience du fait que, compte tenu du contexte de mondialisation - et sous réserve de poursuivre d’une manière résolue tous les efforts de réformes effectués dans notre pays -, nous ne pourrons préserver notre prospérité que si nous agissons ensemble, en tant qu’Européens et pour l’Europe.

Je considère qu’il est urgent de renforcer une telle conscience chez nos concitoyens,  en particulier si l’on retient le fait que, d’après un sondage récent, seuls 25% des habitants de notre pays manifestent un intérêt marqué pour la politique européenne et qu’une majorité de 59% se sent insuffisamment informée sur l’Union européenne.

Franche analyse du statut quo européen

Mesdames et Messieurs,

Lorsqu’il y a un an, peu de temps après avoir pris mes fonctions de ministre fédéral des finances, j’ai exposé ma conception de la politique financière allemande, il était important pour moi de donner une image sincère du statut quo qui prévaut dans notre pays. En effet, pour mener une bonne politique, il faut tout d’abord commencer par dire les choses telles qu’elles sont.

Ce principe s’applique également, et sans aucune restriction, à la politique européenne. Regardons donc les choses en face : Quand le politologue, Werner Weidenfeld, constate que les anciennes sources de la vitalité européenne se tarissent et que l’Europe est épuisée, il ne fait rien de plus que mettre des mots sur un sentiment largement répandu en Europe.

En ce qui concerne la sympathie de l’Allemagne pour l’Europe, nous sommes face à un paradoxe: Si les citoyens accueillent avec grand enthousiasme l’intégration européenne dans son principe, ils se montrent cependant souvent très méfiants quant à sa réalisation concrète. 

D’un côté, d’après un sondage représentatif réalisé par la Fédération Bancaire, huit Allemands sur dix associent l’Union européenne à des attentes positives. Les Allemands entendent même attribuer un rôle important à l’Union européenne en matière de développement économique de l’Allemagne, de sécurité intérieure et extérieure, voire de règlement des conflits internationaux.

D’un autre côté, si l’on fait abstraction de la liberté de déplacement à l’intérieur de l’espace Schengen et des séjours universitaires effectués à l’étranger dans le cadre du programme Erasmus, le bénéfice concret de l’intégration européenne est considérablement remis en question : Seule une personne sur cinq considère que l’Union européenne présente plus d’avantages que d’inconvénients pour l’Allemagne. On peut en tirer la conclusion suivante : Si l’Europe est dans les cœurs, l’Union européenne, quant à elle, l’est moins !

Il existe de nombreux facteurs qui contribuent à accroître les réticences de la population vis-à-vis de l’intégration européenne :

D’une part, les ingérences de Bruxelles dans la vie quotidienne des citoyens et des citoyennes, dans les particularismes et les identités nationales et régionales, qui atteignent leur point culminant d’absurdité avec des directives telles que celles relatives à la courbure maximale autorisée pour les bananes, sont ressenties comme de plus en plus envahissantes.

D’autre part, il y a bien longtemps que la majorité de la population a cessé de comprendre ce qu’il se passe vraiment à Bruxelles – tant au niveau matériel que du point de vue des institutions.

Il va sans dire qu’un des problèmes majeurs de l’Europe actuelle réside dans l’absence quasiment totale de transparence des structures ainsi que du processus décisionnel. Même avec la meilleure volonté du monde, la plupart des citoyens et des citoyennes ne savent plus qui est responsable des décisions dans l’Union européenne et comment celles-ci sont prises.

Il est évident que ce n’est pas une mince affaire que d’arriver à coordonner les intérêts de vingt-sept Etats membres aujourd’hui. Cependant, cela ne doit en aucun cas justifier le fait que seuls quelques spécialistes confirmés parviennent à se repérer dans cette jungle de directives et de règlements européens – comme l'affirmait le vieux slogan dû à Bismarck : « Il en est de même pour les lois que pour les saucisses. Mieux vaut ne pas savoir comment elles sont faites ». [Loin de moi, toutefois, l’idée de m’en prendre ici à l’artisanat allemand de la charcuterie !]

C’est également cette absence de transparence qui a pour effet d’accroître la méfiance des citoyens et des citoyennes vis-à-vis des instances européennes et de diminuer ainsi leur adhésion.

C’est la raison pour laquelle il est indispensable de procéder à une réforme radicale des institutions. Nous avons besoin de mécanismes décisionnels plus simples et plus maniables afin de préserver la capacité d’agir de l’Union européenne, et ceci également dans le cadre de son élargissement. De plus, il est essentiel qu’une répartition claire des tâches et des responsabilités soit opérée entre les Etats membres et l’Union, ceci conformément au principe simple selon lequel seul n’est règlementé au niveau européen ce qui ne peut plus l’être au niveau national. En bref, nous avons besoin d’une constitution européenne.

Mesdames et Messieurs,

L’analyse du statut quo européen nous amène rapidement à parler d’un autre phénomène qui prendra encore de l’importance avec le temps : Alors que l’idée européenne de paix, de liberté, d’indépendance et de prospérité pouvait encore exercer un attrait considérable sur la majorité des Européens marqués par les effets dévastateurs de la 2nde Guerre Mondiale, elle ne passionne aujourd’hui plus personne dans la vie quotidienne européenne - et,  malheureusement, surtout pas la jeunesse.

Dans son remarquable livre intitulé « L’Europe – la puissance de demain », Martin Hüfner constate très justement que la jeunesse ne veut pas savoir comment l’Europe a résolu les problèmes du passé, mais ce que fait l’Europe pour régler les problèmes d’aujourd’hui et de demain. Afin d’être acceptée par la population, l’Union européenne doit montrer aujourd’hui qu’elle est capable de faire bien plus qu’apporter et garantir « seulement » la paix.

Mais nous ne pouvons laisser à Bruxelles seule le soin de procéder à ce travail indispensable de légitimation. C’est justement à nous, les hommes politiques, que revient cette tâche au niveau national. Il est indiscutable que l’Europe souffre également gravement du fait qu’elle sert sans cesse de bouc émissaire - y compris ici, en Allemagne - pour expliquer les dérives nationales ainsi que les développements internationaux qui suivent. Bien sûr, il est toujours plus simple - si faux cela soit-il ! -  de rendre l’élargissement de l’Union européenne ou l’introduction de l’euro responsables des problèmes du marché du travail et de croissance que nous rencontrons en Allemagne et de taire que nous connaissions déjà auparavant des difficultés de chômage structurel et de dynamique insuffisante de croissance.

Quiconque qui, par des propos populistes, présente l’Union européenne comme un catalyseur de la mondialisation dans le but d’attiser la colère contre les changements indispensables que nous imposent le progrès technique et l’évolution de la démographie, nuit à l’Europe et participe à ce désarroi.

On en arrive à la situation suivante, à savoir que l’Europe est ressentie par les moins qualifiés et les moins flexibles non plus comme une promesse d’avenir, mais plutôt comme une menace et une caisse de résonance des effets négatifs de la mondialisation. Et ne nous voilons pas la face, ceci aura également, à moyen terme, des répercussions sur notre démocratie.

Conclusion : Il est primordial pour l’Union européenne de bénéficier du soutien sentimental de ses citoyennes et citoyens. C’est la raison pour laquelle nous devons prendre au sérieux les craintes des populations à l’égard de l’Europe et ne pas les ignorer. Ceci est également l’un des enseignements que nous pouvons tirer des résultats négatifs du référendum sur la Constitution en France et aux Pays-Bas. Tout homme politique qui accorde un intérêt sérieux à une Europe unie et économiquement forte, se doit d’être davantage à l’écoute de ses concitoyens, de chercher la discussion et de mieux expliquer les mesures européennes.

L’Europe, une histoire à succès

Mesdames et Messieurs,

Nous gagnerions déjà beaucoup en matière d’acceptance de l’Union européenne si nous tous, hommes politiques, entrepreneurs, médias, luttions plus énergiquement contre les mythes que l’on aime à répandre dans notre pays ainsi que contre la tendance par trop marquée aux lamentations qui se manifeste lorsqu’il est question d’intégration européenne.

Nous devons combler de graves lacunes en matière d’informations et expliquer plus clairement que nous ne l’avons fait jusqu’à présent pourquoi l’Europe est - en particulier pour nous, les Allemands - une expérience réussie depuis la ratification des Traités de Rome il y a 50 ans, un savoir qui, de toute évidence, est largement plus répandu à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Europe. Et nous nous devons de mettre plus clairement en évidence le fait que, à chaque fois que l’Europe et les Européens ont mis sur pied des projets communs, ces projets ont apporté des avantages économiques souvent sous-estimés - pour l’Europe dans son ensemble, mais également et en particulier pour l’Allemagne.

Quels sont les mythes que nous devons particulièrement combattre et quels sont les succès européens qu’il convient d’honorer ?

L’expérience réussie de l’euro :

Une première expérience réussie est celle de l’euro : L’euro n’est pas le « Teuro », l’euro cher, comme ont aimé à le qualifier les médias pour plaire au public. Bien au contraire!

Premièrement, malgré le choc des prix du pétrole et de l’encéphalopathie spongiforme bovine, la hausse moyenne annuelle des prix dans la zone euro, en dépassant à peine les 2 pour cent depuis 1999, n’a pas à se cacher même en comparaison avec l’ère du mark allemand : Entre 1960 et 1998, le taux moyen annuel d’inflation des prix à la consommation était légèrement supérieur à 3% en Allemagne – et aucune des décennies entre 1960 et 1990 n’a connu de dévalorisation de la monnaie aussi basse que celle dans la zone euro depuis 1999 ! Je n’ai nul besoin de vous expliquer que ceci est en particulier important pour les bénéficiaires de transferts moins fortunés, car, comme chacun le sait, rien n’est moins social que l’inflation.

Deuxièmement : Selon les estimations de l’industrie allemande, les entreprises d’exportation, si importantes pour l’Allemagne, économisent environ 10 milliards d’euros par an grâce à la disparition des opérations de garanties de change.

Troisièmement : Conformément à nos espérances, l’euro a permis de renforcer le commerce intra-européen : Les experts parlent d’une augmentation d’au moins 5%. Pour l’Allemagne, le Conseil des Experts indique même une croissance des échanges commerciaux de près de 18%, ce qui montre également que, sans l’euro, l’Allemagne n’aurait certainement pas obtenu à maintes reprises le titre de championne du monde des exportations.

Quatrièmement : C’est très justement que Jean-Claude Juncker a posé une question qui, dans le public, est totalement occultée par toutes les critiques formulées à l’encontre de l’euro : Que serait-il finalement advenu de l’Europe, de ses espaces économiques, de ses monnaies au cours des 10 dernières années s’il n’y avait pas eu l’euro ? Après la guerre des Balkans, après le 11 septembre, après les crises financières de l’Amérique du Sud, de la Russie, de l’Asie du Sud-est, après la guerre d’Irak et compte tenu du choc pétrolier ? Et que se serait-il passé en Europe après le non des Français et des Hollandais au référendum sur la Constitution ?

Je ne veux pas dire qu’il y aurait eu obligatoirement des crises monétaires. Personne ne saurait cependant contester que l’euro a considérablement amélioré la faculté des économies européennes à digérer les chocs politiques et économiques  - ce dont profitent finalement l’ensemble des Européens et des Européennes même s’ils n’en ont peut-être pas conscience.

Last but not least : L’euro a également rempli les attentes en matière d’intégration des marchés financiers européens. Outre le fait que les taux d’intérêt sur les marchés monétaires se sont adaptés au faible niveau de l’Allemagne, ce que beaucoup considéraient auparavant comme impossible, l’euro est devenu la deuxième monnaie mondiale et un concurrent de plus en plus fort du dollar. Les faits parlent d’eux-mêmes : Selon la BRI (la Banque des règlements internationaux), 47% des emprunts à court et moyen terme qui sont placés sur les marchés internationaux d’obligations ont été émis en euros en 2005 contre 34% seulement en dollars américains. Les calculs effectués par le FMI montrent que la part de l’euro dans les réserves officielles mondiales de devises était de 25% au milieu de l’année 2006 alors qu’elle n’en représentait que 17% en 1999.

Il suffit de s’imaginer que nous n’aurions pas encore l’euro et que nous essaierions, avec notre bon vieux mark allemand ou avec le vénérable escudo, de jouer un rôle important dans le contexte de la mondialisation actuelle ! Je crois, et l’expert confirmé de politique monétaire européenne qu’est Fernando ne manquera pas de m’approuver, que toutes les qualités de l'euro qui ont été mentionnées nous manqueraient cruellement.

Les avantages de l’euro reposent essentiellement sur le fondement juridique de notre monnaie communautaire. La constitution monétaire, qui est ancrée dans le Traité CE signé il y a exactement 15 ans aujourd’hui, a fait ses preuves. L’indépendance de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales ainsi que leur obligation de s’attacher à l’objectif prioritaire de la stabilité des prix sont garanties et doivent être respectées de tous. Ce n’est pas sans raison que ni la Convention européenne ni la Conférence intergouvernementale ne l’ont remis en doute. C’est la raison pour laquelle l’euro demeurera dans l’avenir une monnaie stable.

L’expérience réussie du marché intérieur / de l’élargissement à l’Est :

Mesdames et Messieurs,

J’aimerais encore brièvement rapporter deux autres expériences réussies dans l’histoire de l’Europe qui, à tort, doivent souvent payer dans les débats publics allemands pour les problèmes dont nous sommes en grande partie responsables : Il s’agit d’une part, du marché intérieur européen et d’autre part, de l’élargissement à l’Est de l’Union européenne.

On entend souvent dire par les milieux populistes intéressés que la concurrence sans frein sur le marché intérieur et celle de l’Europe de l’Est à laquelle nous avons ouvert la porte avec l’élargissement à l’Est nous appauvriraient, nous les Allemands, et mettraient en danger les emplois en Allemagne. Mais c’est exactement le contraire : Nous, les Allemands, nous devons notre prospérité et nos emplois en grande partie au fait que nous pouvons désormais, sans barrières douanières ni frontières, vendre nos marchandises dans 27 pays. La Fédération allemande des Chambres de commerce et d’industrie a calculé que le marché intérieur commun assure environ 5,5 millions d’emplois en Allemagne.  Sans le commerce avec nos voisins européens, l’Allemagne, au lieu d’avoir fièrement le titre de championne du monde des exportations, ne serait plus que le 5ème pays exportateur au monde !

Presque les deux tiers de nos exportations ne quittent pas le marché intérieur européen où la demande de produits allemands connaît encore des taux de croissance à deux chiffres – à savoir un taux notable de 12% pour le premier semestre 2006 ! C’est un fait que nous devons en grande partie aux pays de l’Europe Centrale et de l’Est qui sont membres de l’Union européenne depuis mai 2004. Pour ne citer qu’un exemple : En Pologne, les importations en provenance de l’Allemagne ont véritablement explosé au cours des 8 premiers mois de l’année dernière en connaissant une hausse de 34% !

Si, par contre, on interroge la population allemande sur ses angoisses vis-à-vis de l’Union européenne, la réponse que l’on obtient le plus fréquemment est la perte des emplois due aux délocalisations d’entreprises. Mais à y regarder de plus près, on se rend compte que la perception subjective ne concorde pas avec la réalité : Une étude actuelle qui a été effectuée par le ministère fédéral de l’économie montre que les investissements directs allemands réalisés dans les nouveaux Etats membres permettent avant tout d’ouvrir de nouveaux marchés et de garantir ainsi les emplois nationaux. En revanche, cette étude ne permet en aucun cas de déceler des indices de délocalisation de la production d’une ampleur notable par rapport à l’économie dans son ensemble.

Les résultats réels le prouvent : Au bout du compte, l’Europe contribue à garantir les emplois en Allemagne au lieu de les menacer !

Nous, les Allemands, nous avons la chance de vivre au cœur géographique du plus grand marché au monde ! En effet, malgré le miracle de l’expansion chinoise et indienne et malgré la concurrence américaine et japonaise, l’Union européenne reste le plus grand marché du monde. Aucun investisseur n’y échappe. Cette situation centrale offre à l’Allemagne des potentiels logistiques inespérés que nous envient certains de nos partenaires européens.

Un modèle économique porteur d’avenir – si nous le réformons

Mesdames et Messieurs,

Compte tenu de l’analyse effectuée précédemment, je me vois obligé de me poser la question de savoir comment l’Europe peut continuer d’être une réussite dans l’avenir. Même face aux conditions de plus en plus dures de la mondialisation, je suis fermement convaincu que le modèle d’économie, de société et de protection sociale de l’Europe, qui a si bien réussi jusqu’à présent, est un modèle « porteur d’avenir », ceci pourvu que nous parvenions cependant à faire avancer les réformes nécessaires.

Tout comme notre pays, le Portugal et la Slovénie, l’Europe entière est confrontée au défi de garantir à l’avenir la prospérité et la sécurité sur le plan social. Comme nous le savons tous, nous n’y arriverons pas si nous n’acceptons pas de changer. Nous y sommes contraints par nos sociétés dont la population vieillit, et va même bientôt diminuer, et sous l’effet de la mondialisation qui est devenue très dynamique en raison du progrès technique et qui a transformé ceux qui étaient jusqu’à présent des sous-traitants bon marché en de véritables concurrents fournissant des produits et des services de qualité supérieure. La Chine et l’Inde, en pleine ascension aujourd’hui, sont en passe de devenir des superpuissances technologiques. D’autres régions dynamiques – Asie du Sud-est, Amérique latine, pays du Golfe - leur emboîtent le pas.

L’écrivain français Paul Lacroix, mort en 1884, comparait l’unification de l’Europe à la tentative de faire une omelette sans casser d’œufs. Dans un contexte que n'aurait certainement jamais imaginé Paul Lacroix, au sortir de deux guerres mondiales dévastatrices, nous avons réussi au cours des dernières décennies à réaliser cette unité et à assurer la paix en Europe. A mon avis, c’est désormais la sauvegarde du succès économique de l’Europe face à la concurrence mondiale qui doit être au cœur du renouvellement de l’idée européenne.

On ne pourra continuer à écrire l’histoire du succès de l’Europe que si l’Europe est une réussite économique – avec plus de croissance et plus d’emploi. Les citoyennes et les citoyens comprendront alors mieux ce que l’Europe peut leur apporter et ils montreront ainsi de nouveau plus d’enthousiasme pour l’Union européenne.

Améliorer la compétitivité au niveau mondial – Eviter une « course à la baisse »

Mesdames et Messieurs,

Le renforcement du dynamisme économique de l’Europe constitue l’un des objectifs prioritaires de la présidence allemande de l’Union européenne.

Nous y parviendrons si, au sein de l’Union européenne, nous renonçons à une politique qui se fasse au détriment de nos voisins. La libéralisation des marchés, qu’il est nécessaire de poursuivre, ne doit pas dégénérer en une « course à la baisse », irrationnelle à long terme, au niveau des salaires, des impôts, des normes sociales et écologiques. Sur le long terme, une course à la baisse serait en effet nuisible à tous dans la mesure où il y aura toujours quelqu’un qui sera moins cher. Pour éviter que cela ne se produise, il est indispensable de développer, au niveau européen, des conditions globales intelligentes. Pour nous Européens, notre chance réside dans la concurrence de l’excellence, dans celle du meilleur tant au niveau de la qualité que des normes. Dans ce domaine, nous occupons au niveau mondial une position de premier plan dans presque tous les secteurs.

Mais pour cela, vu les conditions de la concurrence mondiale, il nous faut accepter plus que jamais, en tant qu’Européens, notre mission d’aménagement économique et sociopolitique. Pour moi, l’aménagement politique ne signifie pas une harmonisation aveugle et irréfléchie pour le plaisir d’harmoniser. Cela signifie un développement intelligent de conditions globales communes nous permettant d’atteindre, à un niveau européen moyen, une harmonisation qui soit compatible avec nos valeurs européennes de solidarité, d’équité et d’équilibre social dans un système d’économie de marché.

Sans que nous en soyons toujours conscients, il existe aujourd’hui déjà de nombreux exemples dans lesquels de tels accords européens ont permis, de manière intelligente, de réaliser un équilibre entre les nécessités politico-économiques d’une part et les exigences politico-sociales ou liées à la politique de l’environnement d’autre part. Permettez-moi d’en citer quelques exemples :

Dans le domaine de l’imposition des entreprises, après la course à la baisse des taux d’imposition européens de ces dernières années, on constate entre-temps qu’un certain plancher à un niveau moyen semble s’établir. Les pays candidats à l’Union européenne qui pratiquent de faibles taux d’imposition pour les entreprises remarquent de plus en plus qu’ils doivent parvenir à un rapport raisonnable entre les recettes et les dépenses. Tout Etat a en effet besoin de recettes fiscales afin de remplir ses missions et subvenir à ses dépenses, ceci d’autant plus qu’avec le temps et les progrès d’évolution de la société, les exigences des citoyens en matière de protection sociale augmentent, ce qui, à son tour, a pour effet de coûter très cher. Le recours qui consiste à toujours s’endetter davantage n’est plus possible : Le pacte européen de stabilité et de croissance a d’ores et déjà un effet positif en termes de discipline, ainsi qu’on peut le constater, par exemple, dans le cas de la Hongrie. C’est en attirant l’attention sur son déficit budgétaire élevé – qui dépasse de loin la barre des 3% du pacte de stabilité – que ce pays a récemment annoncé une hausse de l’impôt sur les sociétés dont le taux est passé à 20%. La Slovaquie veut, elle aussi, augmenter l’impôt sur le revenu pour les contribuables dont les revenus sont supérieurs à la moyenne. De toute évidence, la technique pratiquée dans le passé et résidant dans le fait de combiner des baisses du taux d’imposition à un élargissement de l’assiette semble aujourd’hui toucher  à ses limites. Autant de raisons qui me laissent supposer qu'avec la réforme de l'imposition des entreprises en Allemagne, nous pouvons durablement positionner les sociétés de capitaux dans le milieu de tableau pour ce qui est du classement européen des charges.

J’aimerais à cet égard compléter cette image de milieu de tableau en comparant l’évolution du rapport entre les prélèvements fiscaux et le PIB dans les anciens et les nouveaux Etats membres de l'Union européenne. En 2001, le rapport des recettes fiscales au PIB était encore, pour les 15 « anciens » Etats membres de l’Union européenne, supérieur de 7,5 pour cent à celui des 10 nouveaux adhérents. Dès 2004, cet écart avait fondu pour ne se retrouver qu’à 5,5 points – ceci sous l’effet d’une baisse dans les anciens Etats membres et d’une hausse dans les nouveaux pays membres. Cette tendance continue de se poursuivre.

Si l’on considère l’évolution du rapport entre prélèvements obligatoires et PIB dans les 15 anciens Etats membres de l’Union européenne depuis 2002, on ne peut pas constater de course à la baisse. Depuis 2002, ce rapport entre prélèvements obligatoires et PIB reste stable aux environs de 39,5%.

Ce qui peut surtout nous encourager, c’est l’évolution du coût salarial unitaire au cours des 5 à 6 dernières années. Ici aussi, on peut constater que l’écart entre les anciens et les nouveaux membres de l’Union européenne se comble progressivement – et ceci d'autant plus rapidement qu'il est misé intensivement sur le capital humain et la technologie. Alors qu’en Allemagne, pour l’ensemble de l’économie, le coût salarial unitaire n’a pas augmenté entre 2000 et 2005, celui-ci connaît en revanche une hausse permanente en Europe de l’Est : + 3,8% en Estonie, + 3,4% en Slovaquie et en République tchèque, + 6,8% en Hongrie et même + 20,5% en Roumanie ! Cela signifie qu’avec l’aide de ses salariés, l’économie allemande gagne peu à peu, chaque année, en compétitivité. Ceci, en ajoutant le rendement des capitaux qui est, au cours des dernières années, nettement plus élevé en Allemagne que dans le reste de la zone euro, contribue à améliorer les conditions d’investissement et à assurer ainsi une meilleure sécurité de l'emploi en Allemagne.

Peu importe où que nous regardions, le message est le même partout : L’écart se comble, il ne se creuse pas ! Ceci s'applique fort heureusement et également à la diminution des potentiels de tension au sein de l’Union européenne élargie en ce qui concerne les revenus par habitant et, par conséquent, le niveau de prospérité. Dans les nouveaux Etats membres de l’Union européenne, celui-ci s’élève aujourd’hui à plus de 50% du niveau des anciens Etats membres, ce qui est nettement plus proche du niveau des anciens Etats membres qu'en 1997 [44% à l'époque]. Ce qui est tout aussi important, c'est la convergence progressive des taux d’inflation au sein de l’Union européenne – résultat de la pratique par les nouveaux Etats membres de politiques monétaire et de change clairement axées sur la stabilité. Entre 1997 et 2005, ces derniers ont tout de même réduit leur inflation en la faisant passer de 9,1 à 3,1%.

Et même si certaines personnes présentes dans cette salle ne partagent peut-être pas cet avis, je pense que la nouvelle version de la directive européenne sur les services qui vient d’être votée prend bien en compte les craintes largement répandues quant à une concurrence à la baisse des standards sociaux.

Mesdames et Messieurs,

J’aimerais en terminer ici avec les exemples d'harmonisation économique réussie au sein de l'Union européenne. Il est également bien clair qu’au cours des dernières années, certaines choses ont évolué d’une manière positive au bénéfice tant de l'Union européenne que de l'Allemagne.

La question qui se pose maintenant est la suivante : Comment pouvons-nous garantir, afin de raffermir le potentiel de croissance de l'Europe et d’y renforcer notre prospérité, la poursuite des réformes structurelles qui ont été engagées – tant au niveau européen qu'au niveau national – ? L’art de la politique réside dans le fait de coordonner au mieux les réformes nationales et européennes.

L’un des instruments essentiels de cette coordination est la nouvelle stratégie de Lisbonne pour la croissance et l’emploi, qui est une priorité importante de notre présidence tripartite. Les directives de cette stratégie qui ont été révisées et votées il y a deux ans ainsi que les programmes nationaux de réforme reflètent la forte volonté de mettre l’accent sur des actions clés choisies en vue de la promotion de la croissance et de l’emploi. Celles-ci portent sur trois domaines principaux : promouvoir le savoir et l’innovation ; accroître l’attractivité de l'Europe pour les investissements et l'emploi et créer des conditions favorable à un plus grand nombre d'emplois de meilleure qualité.

Pour l’Allemagne, cela signifie que nous devons absolument poursuivre les réformes qui ont été entamées avec l’Agenda 2010 et dont nous commençons tout juste à récolter les fruits. Cela implique également la poursuite résolue de la consolidation structurelle du budget ainsi que tout ce qui rend plus solide le financement des systèmes de protection sociale face à l’évolution démographique et face aux fluctuations de la conjoncture. Nous avons également besoin de meilleurs systèmes institutionnels d'alerte précoce en matière d’endettement excessif de la Fédération et des Länder.

C’est seulement de cette manière que nous obtiendrons la marge de manœuvre financière suffisante pour nous permettre de procéder à la réorientation qualitative nécessaire des dépenses de l'Etat vers des domaines d’avenir tels que la recherche, l’innovation, l’éducation et la famille – autant de secteurs dont dépendent, d’une manière décisive, les perspectives de croissance à long terme non seulement de l’Allemagne mais aussi de l’Europe, ceci dans un contexte de concurrence mondiale pour l’excellence. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, les quelque 15 milliards d’euros que le gouvernement fédéral entend dépenser jusqu’en 2009 pour les technologies d’avenir stratégiquement importantes et le million d’euros supplémentaire que nous investissons chaque année en faveur des familles sous la forme d’une allocation parentale ne représentent qu’un début.

Au niveau européen, nous devons continuer à approfondir le marché intérieur dans la mesure où il ne constitue pas seulement la meilleure réponse des Européens à la mondialisation, mais également parce que le dynamisme ainsi déclenché sur le plan de la croissance et de l’emploi est le meilleur moyen de convaincre les citoyennes et les citoyens des bénéfices de l'intégration économique. Pour moi, en ma qualité de ministre des finances, la garantie d’une concurrence européenne loyale en termes d'attractivité géographique est de toute première importance. Cela n’a en effet aucun sens que nous nous disputions mutuellement en Europe les crédits dont l’ensemble des Etats membres ont besoin pour mettre en place tant une infrastructure publique de haute qualité qu’une protection sociale qui sont, toutes deux, caractéristiques du modèle de société européen.

Nous devons travailler très concrètement à l’établissement d’une assiette homogène et commune pour l’imposition des entreprises. En tant que Président du Conseil Ecofin, je m’efforcerai à ce que les travaux en ce sens avancent rapidement. Mais ici aussi, l’harmonisation n’est pas un but en elle-même, elle doit permettre d'améliorer la contribution des entreprises au financement des collectivités de l'Union. Il n’est pas de l’intérêt de l’Allemagne de renoncer, sous l’effet de décisions prises au niveau européen, pour une phase transitoire qui risque d’être assez longue jusqu’à l’harmonisation des bases d’imposition, à la contribution des entreprises au financement de notre système fiscal, dans la mesure où nous en avons un besoin urgent pour financer un Etat prévoyant et ayant la capacité nécessaire pour agir.

Il reste bien entendu encore beaucoup à faire pour parvenir à l’intégration des marchés financiers européens. Ce sujet pourrait faire l’objet d’une conférence à lui seul. C’est la raison pour laquelle je vais donc me limiter ici à ces quelques mots : Le gouvernement fédéral soutiendra la poursuite de l’intégration des marchés financiers là où la Commission Européenne fournira, à l’aide d’analyses coût/efficacité, des preuves évidentes des avantage de mesures concrètes déterminées. Il la soutiendra également là où cette intégration ne remettra pas en question, uniquement pour des motifs d’ordre idéologique et systématique, le bon fonctionnement de réglementations et d’institutions allemandes qui se sont développées peu à peu.

La force créatrice de l’Europe dans le monde

Mesdames et Messieurs,

L’Europe n’est pas seulement un marché intérieur réussi et une réponse à la mondialisation, mais c’est également un modèle de société digne d’être maintenu et adapté aux exigences de l’avenir ainsi qu’une source d’inspiration pour d’autres régions du monde.

Depuis toujours, l’Europe était forte parce qu’elle donnait aux nations qui la composaient la possibilité d’apprendre les unes des autres, malheureusement dans un contexte concurrentiel qui n'a pas toujours été pacifique, et de résister ainsi renforcées à la concurrence que se livrent au niveau de l’attractivité les différentes régions du monde. Depuis son unification pacifique, l’Union européenne peut, en ayant conscience de sa valeur, exercer une influence sur l'évolution du monde, sur l'aménagement de la dimension sociale, économique et écologique de la mondialisation – et elle seule le peut ! Ne nous faisons pas d’illusions ! Seuls, en tant qu’Etat de taille moyenne, nous pourrions tout au plus retarder quelque peu notre perte d’importance, mais nous ne pourrions pas l’empêcher.

Dans l’ensemble, les conditions qui permettent à l’Europe d’avoir plus de poids dans le monde sont meilleures que nous ne le pensons. En effet, dans de nombreuses parties du monde, on recherche les valeurs qui caractérisent l’Europe : la paix durable, la liberté et la prospérité. Le modèle européen représente un attrait pour le reste du monde dans la mesure où, plus que tout autre modèle, il s’assoit sur des valeurs de tolérance et de coexistence pacifique. Plus que d’autres, l’Europe construit son développement économique autour des composantes sociales dans le but de ne pas menacer la stabilité sociale. L’Europe pense à long terme et attache une grande importance aux politiques durables et à la protection de l’environnement. L’Europe est également plus orientée vers l’extérieur que vers l’intérieur, ce qui explique aussi le multilatéralisme européen.

Toutes ces qualités prédestinent ainsi l’Europe à jouer un plus grand rôle dans l’organisation internationale de la mondialisation et à montrer, par le jeu de conditions globales raisonnables adoptées à l’échelle nationale, que l’économie de marché fonctionne également dans un cadre transfrontalier.

C’est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral s'emploiera – non seulement dans le cadre de sa présidence de l’Union européenne, mais aussi parce qu’il en va de l’intérêt allemand – à faire progresser la poursuite de la libéralisation équitable et multilatérale du commerce et à faire aboutir le cycle de Doha.

Non moins important est le rôle de l’Europe en matière de protection mondiale du climat ainsi que de raréfaction des sources d'énergie. La politique de l’énergée et de protection du climat constitue non seulement l’un des points forts de la présidence allemande de l’Union européenne, mais également de celle du cercle du G8 dont l’Allemagne est la présidente depuis le 1er janvier 2007.

Conclusion

Mesdames et Messieurs,

J’aimerais achever ici mon plaidoyer pour un renouvellement de l’idée européenne qui, j’en suis convaincu, doit reposer sur deux piliers principaux : Premièrement, sur une amélioration massive de la transparence des structures et des mécanismes européens de décision, résultat de réformes institutionnelles adoptées. Deuxièmement, sur une politique centrée sur la sauvegarde de la réussite économique de l’Europe face à la concurrence mondiale.

J’imagine qu’une telle conception rencontre une vaste approbation dans cette salle. Tous, nous avons le devoir de nous investir plus encore que nous ne l’avons fait jusqu’à présent afin que de plus en plus d’hommes et de femmes, tant dans notre pays qu’en Europe, soient à nouveau convaincus de l’idée européenne.

Mais avant d’engager le renouvellement de l’idée européenne, nous devrions nous regarder attentivement dans un miroir et réfléchir à l'image que nous nous faisons de l'Europe : Ne voyons-nous l'Europe que comme un fardeau et une menace pour ce que nous possédons ou, au contraire, comme une chance, oui comme un coup de chance, qui nous aide à maîtriser le défi de la mondialisation et du changement démographique bien mieux que nous ne l’aurions jamais fait, seuls, de nos propres forces ? Je crois que les succès remportés par le projet européen tel qu'il se présente à ce jour, mais aussi l’intérêt marqué qu’y portent les pays qui cherchent encore à adhérer à l’UE, parlent nettement en faveur de cette dernière conception de l’Europe.

Comme, pour bien se connaître soi-même, il est quelquefois très utile d’entendre l’avis d’une personne extérieure, j’aimerais citer l’économiste américain Jeremy Rifkin :

« Le rêve européen est une lueur d'espoir à l'horizon d'un monde tourmenté. Il nous attire vers un temps nouveau de l’inclusivité, de la diversité, de la qualité de la vie, de l’épanouissement désinvolte, de la durabilité, des droits universels de l'homme et des droits de la nature et de la paix sur terre. Nous, les Américains, nous avons toujours dit que cela valait la peine de mourir pour le rêve américain. Or, pour le nouveau rêve européen, cela vaut la peine de vivre. »

Je vous remercie de votre attention!



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Date: 12.02.2007