Le discours prononcé fait foi
Nous célébrons aujourd'hui le cinquantième anniversaire de la Communauté européenne, le plus grand projet de l'histoire européenne pour la paix et la démocratie. Cinquante ans de stabilité, de prospérité et de progrès dans la partie libre de notre continent, divisé jusqu'en 1989. La réunification européenne a ouvert, à nos concitoyens, des perspectives que nos parents et nos grands-parents ne pouvaient imaginer.
Alors que les traités de Rome en 1957 ont été signés au cours d'une réunion à laquelle participaient gouvernements et diplomates, je suis reconnaissant aujourd'hui, en tant que Président du Parlement européen élu au suffrage direct, de pouvoir, aux côtés des présidents des groupes politiques, représenter les citoyens et citoyennes de l'Union, ici, à Berlin, capitale de l'Allemagne, réunifiée le 3 octobre 1990.
C'est le symbole du chemin démocratique parcouru par les peuples d'Europe depuis 1957. Mais il est une chose qui n'a pas changé: les hommes doivent rester au centre de l'unification européenne. En 1950 déjà, Jean Monnet, l'un des pères fondateurs de la Communauté, affirmait: "Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes." C'est pourquoi je souhaite m'adresser à vous, citoyennes et citoyens de l'Europe, et en particulier aux jeunes.
Où que vous habitiez dans l'Union européenne, pour vous et pour nous tous, l'Europe commence dans nos pays, là où nous sommes chez nous. Nos pays nous confèrent à tous la citoyenneté européenne. Le pays, la patrie, l'Europe, ces concepts sont indissociablement liés. Où que nous vivions dans l'Union européenne, nous sommes, tous au même titre, des Européens.
Nous sommes liés par nos valeurs communes, la dignité humaine, les droits de l'homme, la démocratie, l'état de droit et l'économie sociale de marché. Dans le monde du 21e siècle, nous ne pouvons défendre ces valeurs qu'ensemble. C'est pourquoi l'unification européenne est une nécessité. Si nous nous montrons solidaires, nous, les peuples d'Europe, et si nous nous comportons comme une famille, l'Europe se réserve un bel avenir.
Le Parlement européen représente aujourd'hui la population de 27 pays, soit près de 500 millions de citoyens de l'Union européenne. Il est élu au suffrage direct. En tant que représentant des citoyens, il dispose, pour la majorité des actes législatifs, des mêmes droits en matière de décision que le Conseil des ministres, qui représente les États, et il a le dernier mot sur la question du budget. Sans le vote de confiance des 785 députés européens, une nouvelle Commission européenne ne peut être nommée. Lorsque le collège des commissaires n'a plus la confiance du Parlement européen, le Parlement peut révoquer la Commission. Les intérêts des citoyennes et citoyens de l'Union sont aujourd'hui bien représentés, par les groupes politiques au Parlement européen et par les partis politiques européens.
J'aimerais également souligner l'attitude déterminée du Parlement européen en faveur de l'unité allemande et de l'adhésion des dix nouveaux pays – Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie, Hongrie, Slovénie, Malte et Chypre – à temps pour leur permettre de participer aux élections européenne de 2004. Ces élections communes dans une Europe unie ont symbolisé, comme jamais encore auparavant, la victoire de la démocratie européenne sur l'absence de liberté. Car si les pays qui ont adhéré en 2004 ainsi que la Bulgarie et la Roumanie sont de nouveaux États membres, il ne s'agit pas pour autant de nouvelles démocraties. N'oublions pas que la Pologne fut, en 1791, le premier pays du continent à se doter d'une constitution libérale!
En tant que député au Parlement européen depuis les premières élections européennes au suffrage direct en 1979, je puis le dire: le Parlement européen a gagné de haute lutte les droits qui lui ont été progressivement conférés; il est aujourd'hui influent et sûr de lui. Mais nous savons aussi que nous devons encore lutter pour que l'Union européenne soit plus démocratique, plus ouverte et plus proche des citoyens. C'est pourquoi le Parlement européen tient au traité constitutionnel, élaboré conjointement par des députés européens et nationaux, des représentants des gouvernements et la Commission européenne. Nous voulons que la substance du traité constitutionnel, y compris nos valeurs communes, devienne juridiquement contraignante avant les élections européennes de juin 2009!
Nous voulons plus de démocratie à tous les niveaux politiques. Le traité constitutionnel inscrit pour la première fois l'autonomie locale dans un instrument européen. Le traité confère également aux parlements nationaux davantage d'influence sur la politique européenne. Dans pratiquement tous les domaines, le Parlement européen devient colégislateur aux côtés du Conseil des ministres. En règle générale, le Conseil des ministres statue à la majorité en tenant compte de principes démocratiques équitables.
Le Parlement européen et les parlements nationaux sont partenaires. Nos travaux se complètent. Ensemble, nous avons pour tâche de façonner l'Europe démocratique.
Il y a cinquante ans, le chancelier allemand, Konrad Adenauer, disait: "L'unité de l'Europe était un rêve pour quelques-uns. Elle est devenue l'espoir d'un grand nombre, elle est aujourd'hui une nécessité pour nous tous". Ces paroles sont toujours d'actualité. Nous avons besoin de solutions européennes pour pouvoir relever les défis du 21e siècle - la mondialisation, le changement climatique, l'approvisionnement en énergie, le dialogue entre les cultures ou la lutte contre le terrorisme.
Nous sommes aujourd'hui reconnaissants pour ce jour, il y a 50 ans à Rome, où des femmes et des hommes courageux ont décidé de réconcilier des pays autrefois ennemis dans la paix et la liberté et de régler les conflits par le dialogue et le compromis et non par la guerre et la violence. C'est souvent laborieux, cela exige de la patience et, surtout, de la confiance mutuelle. Inspirons-nous du courage des pères fondateurs de l'Europe afin que nous trouvions, nous aussi, le courage d'aller de l'avant, d'assurer, pour le 21e siècle, un avenir commun à l'Europe, un vieux continent, certes, mais qui se renouvelle sans cesse.
Je vous remercie de votre attention.