Monsieur le Président,
Il n'y a pas à s'y tromper, dans cette enceinte également: l'Europe fête ses 50 ans.
Nous en avons parlé souvent au cours de ces dernières semaines. Le jour "j" est arrivé: nous célèbrerons dimanche le 50ème anniversaire des Traités de Rome et le débat d'aujourd'hui est à juste titre entièrement consacré à cet évènement.
En quoi ce jour est?il particulier? Jetons un regard en arrière.
L'Europe en 1957: le continent venait d'être le théâtre de deux guerres dévastatrices. Les hommes et les femmes étaient encore occupés à déblayer les ruines de la dernière guerre. Telle était la situation lorsque furent signés à Rome les traités instituant les Communautés européennes. C'était là le début d'un processus au cours duquel l'intégration européenne a grandi pour devenir le deuxième pilier de notre identité, à côté du partenariat transatlantique et sans du tout le remettre en cause.
Ces traités étaient le fruit d'une vision axée sur la réconciliation grâce au regroupement, la paix grâce à la coopération et la prospérité grâce à l'intégration économique.
Aujourd'hui, nous sommes mieux à même d'apprécier la clairvoyance qui caractérisait alors les pères fondateurs. Beaucoup de choses qui, en 1957, semblaient être de l'utopie pure font entre-temps largement partie de la réalité politique.
L'Europe est devenue un continent de paix, de prospérité et de stabilité. L'intégration européenne signifiait surtout la cohabitation pacifique. Il y a 50 ans, les hommes et les femmes n'avaient guère de désir plus ardent que celui de vivre ensemble dans la paix. Aujourd'hui, c'est un phénomène tellement naturel que les jeunes ne peuvent plus s'imaginer qu'il puisse en être autrement!
L'Europe en 1957, c'était également un continent divisé. Aujourd'hui, 50 ans plus tard, nous avons surmonté cette division. Les hommes et les femmes d'Europe centrale et orientale font partie intégrante de notre communauté. Et si cela a été possible, c'est surtout grâce à leur grande volonté de liberté!
Je suis sûr que tous ces résultats, observés depuis de nombreuses régions du monde, suffiraient pour dire que l'Union européenne est une histoire à succès. Tel doit être également l'un des messages de cette journée d'anniversaire.
Ce 25 mars, nous devrions prendre le temps de réfléchir aux différents éléments de cette réussite.
L'Union européenne est synonyme de paix et d'Europe unie. Mais l'Union européenne, c'est bien davantage, c'est notamment un marché intérieur regroupant quelque 500 millions de consommateurs. Cela signifie une monnaie unique dans la zone euro. Cela signifie la liberté de circulation de Lisbonne à Helsinki.
L'Union européenne, cela signifie également une politique commerciale commune pour 27 États membres. Nous ne pouvons négocier sur un pied d'égalité avec les États?Unis, la Chine ou l'Inde qu'en unissant nos forces.
L'Union européenne, cela signifie également, même si cela s'avère parfois difficile, une politique extérieure européenne commune. Cela signifie une action commune en faveur de la paix et du développement dans le monde entier. En tant qu'Union, nous sommes un acteur que l'on prend au sérieux sur la scène internationale. Ensemble, nous Européens sommes le plus grand donneur d'aide au développement à l'échelle mondiale, en tant qu'Union européenne, nous participons aux réunions du Quartette pour le Proche?Orient. Notre marge de manœuvre internationale est beaucoup plus grande si nous l'exploitons dans une perspective européenne. C'est pourquoi nous entendons la développer et c'est pourquoi nous avons besoin d'une politique étrangère et de sécurité commune vraiment capable d'agir.
Toutefois, l'Union européenne représente bien davantage qu'une zone économique commune dotée d'une politique extérieure commune. Les principes sur lesquels est basée notre coopération figurent également parmi les résultats positifs de l'intégration européenne.
L'Union européenne est fondée sur la démocratie et l'État de droit, sur la liberté et la responsabilité, sur le respect à l'égard de la diversité en Europe, sur la tolérance et sur la solidarité dans les relations mutuelles.
L'Union européenne symbolise aujourd'hui un modèle de société qui, en dépit de toutes les différences, est de plus en plus considéré par les autres comme une "entité vraiment européenne" et qui suscite souvent même l'admiration. Un modèle de coopération également cité en exemple dans d'autres parties du monde.
Et il est une chose que l'Europe symbolise tout particulièrement: l'aspiration à une société associant la compétitivité économique à la responsabilité sociale et écologique. Le modèle social européen, c'est l'image d'une société qui attache autant d'importance à la liberté d'entreprise qu'à la protection des salariés et à leurs possibilités de participation, une société dans laquelle cela vaut la peine de s'investir mais qui exige également la solidarité sociale.
Cette dimension sociale fait précisément l'image de marque européenne. Continuer à développer cette dimension sociale dans le contexte de la mondialisation constitue dès lors l'une des grandes tâches d'avenir auxquelles nous devons nous attaquer non seulement dans les États membres, mais aussi à l'échelle européenne.
L'Europe s'est unifiée, mais parallèlement, le monde s'est transformé à une vitesse vertigineuse. Aujourd'hui, les tâches que nous avons à relever sont de tout autre nature que celles des pères fondateurs de la CEE, il y a 50 ans.
La mondialisation et l'émergence de nouvelles puissances économiques représentent un défi pour la compétitivité, cela ne fait aucun doute, mais aussi en premier lieu pour la cohésion sociale de notre société. Les conséquences du changement climatique sont évidentes. En même temps, nous devons nous faire à l'idée que les ressources énergétiques deviendront de plus en plus rares et de plus en plus chères.
L'augmentation des flux de migration, la menace du terrorisme international, les situations de crise qui touchent beaucoup trop de régions dans le monde: voilà les questions auxquelles nous devons apporter des réponses aujourd'hui.
Et je le dis sans équivoque: nos réponses doivent être des réponses européennes. Nous, Européens, ne réussirons à nous faire entendre dans le brouhaha de l'univers mondialisé que si nous parlons d'une même voix et nous ne pourrons défendre efficacement nos intérêts qu'en agissant ensemble.
C'est aussi ce que les citoyens attendent d'une politique responsable en Europe. Il me semble qu'une partie de la crise de confiance qui touche l'Europe est due précisément au fait qu'au cours de ces deux ou trois dernières années, nombre de personnes ont souvent perçu l'Europe plutôt comme un problème et non pas comme une solution.
Nous devons redresser le cap car nous voulons gagner les citoyens à la cause de l'Europe et nous voulons le faire en leur montrant que l'intégration européenne leur offre des avantages très concrets.
Le dernier sommet des chefs d'État et de gouvernement a prouvé que l'Europe est capable d'agir et cela dans des domaines dans lesquels les citoyens attendent à juste titre une action commune déterminée. Aucun État membre ne l'a fait de gaieté de cœur et pourtant, nous avons réussi à nous mettre d'accord sur une politique très ambitieuse en matière de climat et d'énergie.
Cela est encourageant. Nous n'avons pas seulement défini des mesures incitatives visant à améliorer la capacité d'innovation de l'industrie européenne. Le sommet a également été une occasion de tester la capacité d'avenir de notre coopération. Un message émane de la réussite de ce sommet qui va au?delà des décisions concrètes. Un message de confiance: oui, l'Europe affronte les tâches de l'avenir et, ensemble, nous pouvons les maîtriser.
C'est aussi la teneur de l'autre message qui doit se dégager de cet anniversaire: ensemble, nous réussirons l'Europe.
Et c'est également la devise qui présidera à la rencontre des chefs d'État et de gouvernement après-demain à Berlin. C'est aussi le fil rouge de la Déclaration de Berlin qui sera adoptée à cette occasion.
Je tiens à dire pour terminer qu'une chose est claire: nous avons besoin de cette confiance, nous avons besoin de courage et de détermination et nous avons besoin d'un peu de cette clairvoyance visionnaire qui animait les signataires des Traités de Rome pour pouvoir relancer le processus de renouveau de l'Union européenne pendant la seconde moitié de notre présidence. L'Union des 27 a besoin de bases de travail renouvelées. C'est la substance de la constitution. Nous voulons mettre à profit l'élan qui se dégage de cet anniversaire pour créer les conditions permettant à ce processus de renouveau d'aboutir.
La Communauté européenne et l'Union européenne fêtent leurs 50 ans: notre passé, c'est l'Europe. Et j'ajouterai, pour rejoindre tous les orateurs qui m'ont précédé: notre avenir le sera plus encore!
Je vous remercie de votre attention.