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Janvier

31.01.2007

Discours prononcé par le Ministre fédéral Gabriel devant Mini séance plénière du PE


Gabriel - REGIERUNGonline-Fassbender

Seul le prononcé fait foi!

Mesdames, Messieurs,

Le changement climatique est une réalité. Les scientifiques nous ont mis en garde depuis longtemps. Et il n’aura échappé à aucun de ceux qui lisent attentivement les journaux que les avertissements des scientifiques sont de plus en plus radicaux. Les signaux d’alerte nous tombent dessus comme des coups de plus en plus fréquents et de plus en plus rapprochés : inondations, sécheresses, la fonte des calottes glaciaires qui s’accélère dramatiquement, les espèces qui disparaissent.  

Depuis que Sir Nicholas Stern, l’ancien chef du service économique de la banque mondiale, a publié son analyse détaillée, il est clair que la pratique d’une protection ambitieuse du climat est la conséquence inéluctable de toute sage politique économique et énergétique. Agir pour protéger le climat est de loin plus avantageux que de ne pas agir ou d’agir avec retard. Selon les calculs de Sir Stern, les coûts d’un changement climatique non freiné sont de l’ordre de 5 à 20 pour cent du PNB par an. Sir Stern en compare l’effet avec celui de la crise économique des années trente. Un tel développement contrecarrerait à moyen et à long terme tout succès économique. Par contre, Sir Stern estime le coût des actions de protection du climat à environ un pour cent de la somme des produits nationaux du monde entier, donc d’un montant bien inférieur. C’est un message que comprennent les politiques, les économistes et les représentants de l’économie – et qu’ils doivent comprendre.

Lors de la conférence sur le changement climatique de Nairobi, Kofi Annan a décrit de manière très impressionnante la situation de détresse dans laquelle le changement climatique menace de mettre la communauté mondiale. Il a dit que le changement climatique n’était pas seulement un problème environnemental mais une menace universelle. Une menace pour la santé, pour la sûreté alimentaire et les bases de vie de milliards de personnes sur toute la planète. Et une menace pour le développement économique.

Kofi Annan va encore plus loin : il décrit le changement climatique comme une menace pour la paix et la sécurité. C’est aussi ce que la ministre britannique des Affaires étrangères a mis en lumière lors du discours qu’elle a prononcé fin octobre à Berlin sur les fondamentaux de la sécurité climatique, qui a beaucoup retenu l’attention. Reprenant son discours, nous devons dire que de nos jours, être un chef de gouvernement crédible signifie prendre au sérieux le défi posé par le changement climatique à la politique de sécurité. Le changement climatique doit devenir sans plus attendre, s’il ne l’est déjà, l’un des dossiers principaux des chefs d’État et de gouvernement du monde entier.

C’est aussi la principale conclusion que je tire de la conférence sur le changement climatique des Nations Unies à Nairobi.

Compte-tenu de l’urgence de relever ce défi, j’éprouve de la sympathie pour tous ceux qui estiment que le processus des Nations Unies pour trouver un consensus mondial va trop lentement. Mais pour relever un défi planétaire il n’existe pas d’alternative à une réponse planétaire. Le protocole de Kyoto est un travail de pionnier en matière de droit international. Il doit continuer à faire office de structure de base d’un convention allant encore plus loin. La conférence des Parties, qui s’est déroulée à Nairobi, en a solidement jeté les bases, puisque, lors de la prochaine rencontre, nous  déciderons d’un mandat étendu de négociation en vue de développer le régime climatique international. Il existait un large consensus sur le fait que nous devons réduire les émissions mondiales de 50 pour cent d’ici 2050. Nous avons adopté un bon programme de travail destiné à poursuivre le développement du protocole de Kyoto. Nous voulons avoir terminé le réexamen du protocole de Kyoto d’ici 2008.

Mais compte-tenu de l’urgence de faire face au défi, il est également clair que ce processus onusien a besoin d’une nouvelle dynamique politique. C’est au niveau des chefs d’État et de gouvernement que nous devons relever le défi – rapidement et concrètement, de manière à fixer réellement les orientations capitales dans les 10 à 15 années à venir. À cet égard, l’UE jouera un rôle clé.

La chancelière Angela Merkel a inscrit le climat et l’énergie parmi les grandes priorités sur les agendas de notre présidence de l’Union européenne tout comme de notre présidence du G8. Nous pouvons et nous devons fixer cette année les orientations décisives d’un régime de protection climatique pour l’après 2012. En voici les principaux jalons :

La politique climatique et la politique énergétique sont les deux faces d’une seule et même médaille. 70% des émissions de CO2 proviennent de la production ou de la transformation d’énergie. C’est pourquoi une association optimale de la politique énergétique et de la protection du climat est l’approche stratégique décisive de solution au problème. L’augmentation ambitieuse de l’efficacité énergétique est la mesure primordiale qui permettra de protéger efficacement le climat mais aussi de réduire la dépendance des importations d’énergie. 

J’approuve tout à fait l’approche de la Commission, à savoir allier étroitement la politique climatique et la politique énergétique. Je suis de l’avis que nous avons besoin d’une double stratégie, aussi bien en politique intra-européenne qu’en politique européenne extérieure : améliorer l’efficacité énergétique et continuer à développer les énergies renouvelables. Le « paquet énergie » présenté par la Commission en décembre et le plan d’action Efficacité énergétique présenté auparavant constituent une excellente base de discussion pour le Conseil. S’il est certain que des détails demandent encore à être examinés et discutés, ces propositions vont sans aucun doute dans la bonne direction. 

Les défis mondiaux posés par la protection du climat et la rareté des ressources nécessitent des innovations « vertes », compte tenu de la dynamique de croissance de certains pays émergents. C’est pourquoi nous avons besoin, au niveau européen, d’une politique d’innovation et d’une politique industrielle écologiques qui promeuvent systématiquement des technologies environnementales comme les procédés et les produits utilisant efficacement l’énergie et les énergies renouvelables. Cela nous permettra d’atteindre un maximum possible de protection de l’environnement, de développement durable rentable et d’avantages sur la concurrence et, un aspect qui n’est pas des moindres, d’emploi. C’est pourquoi j’ai fait adopter, pour le programme environnemental de la présidence allemande, les thèmes de l’environnement, de l’innovation et de l’emploi. En partant des travaux effectués précédemment au sein de l’UE, nous voulons donner une nouvelle impulsion dans le contexte de la stratégie de Lisbonne lors du Conseil de l’environnement de février et du sommet de printemps en mars et élaborer des contributions approfondies à la rencontre informelle des ministres de l’Environnement à Essen. 

Tous ces efforts demandent néanmoins à être complétés par un objectif clair en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz de serre. L’UE doit assumer un rôle de leader dans le contexte de la protection internationale du climat. Celui-ci montre clairement que seule une union forte d’États, comme l’UE, peut être le moteur des progrès mondiaux nécessaires. Je suis convaincu, que nous pouvons réussir ensemble, justement par le biais de la question de la protection climatique, à regagner un plus grand nombre de citoyens à la cause européenne. Pour cette raison, mon ami David Miliband parle de l’EU en tant que « Environmental Union ».

Je soutiens les propositions de la Commission :

Il est donc clair que l’objectif que nous voulons fixer est de 30 %. À ce sujet, selon la presse, on a eu parfois l’impression, à tort, que la Communauté poursuivait un objectif de 20 % seulement.

Par ce message fort, l’UE contribue à surmonter le blocage des négociations internationales sur la protection du climat.

Les objectifs de l’UE constituent la principale composante du dossier de négociations que nous préparons pendant notre présidence de l’UE et qui se fonde sur l’architecture couronnée de succès du protocole de Kyoto. Ce dossier assurera que la limite supérieure de deux degrés qui a déjà été fixée à plusieurs reprises comme ligne directrice par les chefs d’État et de gouvernement des États de l’UE, ne sera effectivement pas dépassée. 

Le « paquet énergie et climat » sera au centre du Conseil européen de mars et les ministres de l’Environnement y apporteront leur contribution lors de leur réunion de février. Mais je souhaiterais, en outre, stimuler les travaux sur les instruments concrets de politique climatique.

Là, le système de négociation de droits d’émissions de l’UE figure sans aucun doute en tête de la liste. Le négoce des droits d’émission est l’instrument primordial de la politique européenne de protection du climat. La poursuite de son développement dans le cadre du processus de révision de la directive établissant un système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre dans la Communauté et le développement du système dans un cadre international doivent être hautement prioritaires pour la politique européenne (et nationale) de protection du climat. Dans le cadre des discussions sur le PNA allemand, la question n’est pas de savoir si l’on va utiliser cet instrument, mais comment on va l’utiliser, à savoir, quelles seront les bases de calcul et la transparence de l’utilisation. À l’automne dernier, la Commission a présenté une communication sur l’avenir du négoce d’émissions et veut faire des propositions de législation au troisième trimestre de cette année. Je pense qu’il est légitime que le Conseil, de son côté, y glisse également ses réflexions. Il faudra débattre notamment de l’harmonisation des procédures d’attribution, du domaine d’application et de l’utilisation de mécanismes se rapportant au projet. Pour notre réunion de juin, j’aspire à des conclusions du Conseil à ce sujet.

En ce qui concerne l’intégation des transports aériens dans le négoce de droits d’émissions, la Commission a déjà présenté une proposition. Il s’agit d’un sujet à la fois très important mais aussi très controversé. La présidence allemande va lancer une délibération intensive sur cette proposition et essayer d’avancer aussi loin que possible d’ici la réunion de juin du Conseil. Il serait utile que le Parlement se fasse également rapidement une opinion à ce sujet. Il devrait être tenu compte des aspects concurrentiels lors des consultations au sein du Conseil et du Parlement.

L’engagement en matière de politique climatique de la présidence allemande va de pair avec l’un de nos dossiers principaux qu’est la mobilité durable. Nous avons besoin de progrès plus sensibles en ce qui concerne la réduction des émissions de CO2 des voitures particulières. Cela signifie en clair que la consommation des véhicules devra être très fortement réduite au cours des prochaines années. La Commission a annoncé une communication dans les jours prochains. Les autolimitations volontaires de l’industrie ont échoué. Nous avons besoin maintenant d’objectifs clairs et dont le respect sera obligatoire. Nous planifions à cet effet, en tant que première mesure, des conclusions du Conseil.

En mars 2007, le Conseil européen adoptera un plan d’action Énergie pour l’Europe et fixera ainsi les éléments primordiaux d’une nouvelle politique énergétique européenne.

À mon avis, nous avons besoin d’une double stratégie aussi bien en ce qui concerne la politique intracommunautaire que la politique extérieure européenne : améliorer l’efficacité énergétique et poursuivre le développement des énergies renouvelables. L’UE devrait consolider et élargir son rôle de leader.

Mesdames, Messieurs,

Je sais que la majorité des membres du Parlement européen, s’est mobilisée pour un objectif de développement des énergies renouvelables plus élevé, à savoir de 25 % d’ici 2020, ainsi que des horizons temporels allant plus loin. Je pense néanmoins que les objectifs formulés par la Commission européenne, eu égard aux positions très réservées voire carrément de refus de certains États membres, constituent une excellente base de départ.

La double présidence allemande de l’UE et du G8 offre une opportunité particulière et oblige à faire de la publicité pour une politique climatique et énergétique ambitieuse intégrée. Le changement intervenu dans le rapport entre l’écologique et l’économique crée aussi de nouvelles alliances et de nouveaux alliés sur l’échiquier international.

Je suis convaincu qu’en tant que membres du Parlement européen, vous nous apporterez votre soutien dans la réalisation de ces objectifs.

Je vous remercie de votre attention.



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Date: 03.02.2007