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29.01.2007

Discours prononcé par Frank-Walter Steinmeier, ministre fédéral des Affaires étrangères, à l'occasion de l'ouverture de la conférence de la PESD intitulée "La PESD: de Cologne à Berlin et au-delà. Opérations, institutions et capacités"


0129_ESVP

Madame Gnesotto,
Cher Javier Solana,
Cher Jaap de Hoop Scheffer,
Mesdames et Messieurs les députés,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

C'est à l'occasion du Conseil européen de Cologne en 1999, alors que l'Allemagne assumait la présidence de l'UE, que la Politique européenne en matière de sécurité et de défense a vu le jour.

Si nous jetons en ce jour un regard en arrière, à peine sept ans plus tard et déjà seize missions à l'actif de la PESD, nous constatons à quel point cette politique de l'UE encore jeune s'est développée en si peu de temps.

Javier, tu as parlé de la "vitesse de la lumière" en faisant référence au développement général de la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE. Je pense que l'on peut en dire autant à juste titre au sujet de la conception d'un domaine précis de la PESC, à savoir la Politique européenne en matière de sécurité et de défense.

Au vu de cette rapide évolution, il me semble approprié de prendre du recul et de tirer un bilan sur ce que nous avons déjà accompli. Il me semble tout aussi approprié de réfléchir à la forme que devrait prendre à l'avenir la PESD. Où devons-nous aller si nous voulons surmonter les missions complexes de sécurité dans le monde d'aujourd'hui?

Il s'agit d'un thème majeur pour nous, raison pour laquelle nous vous avons invité à cette conférence à Berlin dès le début de la présidence allemande. C'est pour moi une joie que le Haut Représentant pour la PESC, Javier Solana, et le Secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, aient répondu positivement à notre invitation pour esquisser, avec leurs discours introductifs, les contours de ces consultations.

Le Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune a donné à la Politique européenne en matière de sécurité et de défense un visage et une voix. Javier, tu as marqué de manière déterminante les contours de la PESD. C'est surtout à toi que l'on doit l'histoire à succès qu'elle est devenue!

Cela me tenait aussi très à cœur que le Secrétaire général de l'OTAN représente la voix de l'alliance sur cette scène. L'Allemagne a toujours accordé de l'importance à une bonne relation entre l'UE et l'OTAN. La PESD et l'OTAN contribuent toutes les deux à leur manière à la sécurité de l'Europe. Elles doivent s'imbriquer et peuvent se compléter dans cette tâche. C'est pourquoi nous voulons notamment continuer à consolider le partenariat stratégique qui existe entre ces deux enceintes.

Je voudrais également adresser mes vifs remerciements à l'Institut d'études de sécurité de l'Union européenne et à sa directrice qui organisent cette conférence conjointement avec le ministère fédéral des Affaires étrangères. Nous avons énormément apprécié vos suggestions, Mme Gnesotto, et votre soutien lors de la préparation.

Si nous regardons en arrière, il n'y a pour moi aucun doute: la décision de donner à l'Union européenne une composante dans le domaine de la sécurité et de la défense était la bonne.

Je me souviens encore que la création de la PESD a été accueillie de part et d'autre de l'Atlantique non sans scepticisme. On craignait qu'elle entre en concurrence avec l'OTAN et qu'il en résulte un dédoublement des missions.

Pourtant, même les sceptiques d'autrefois jugent, me semble-t-il, aujourd'hui la Politique européenne en matière de sécurité et de défense de manière clairement plus positive. L'UE s'est développée pour devenir un acteur reconnu dans la gestion des crises internationales. Il est dorénavant hors de question d'évoquer les questions de politique européenne et inter¬nationale sans y associer la PESD, et ce, quelques années seulement après sa création.

Au début de l'année 2003, il y a donc à peine quatre ans, l'UE avait déjà envoyé seize opérations civiles et militaires. Toutes contribuent à gérer des crises, à garantir la paix et à empêcher des conflits.

Citons seulement quelques exemples d'une liste désormais longue de missions: sécuriser le passage de la frontière à Rafah dans la bande de Gaza, former du personnel juridique irakien, soutenir les forces de police bosniaques et congolaises et enfin la mission ALTHEA placée sous l'égide de l'UE en Bosnie-Herzégovine visant à garantir la reconstitution politique.

Au Congo, nous avons pu terminer juste à la fin de l'année dernière une mission couronnée de succès visant à sécuriser les élections dans ce pays. En menant cette mission, nous nous sommes aventurés en terre inconnue, car il s'agissait de la première mission de la PESD composée de troupes venant de plusieurs États membres et en même temps, dirigée de manière autonome depuis le quartier général de Potsdam. Ensemble, nous analyserons dans le détail durant les prochaines semaines les expériences de cette mission et vous les aborderez déjà au cours des deux jours à venir.

Ces exemples montrent que l'UE a acquis une identité dans les questions de sécurité; elle joue un rôle propre dans l'architecture internationale de la sécurité.

Dans des cas comme la mission d'observation à Aceh en Indonésie pendant laquelle des conseillers européens ont soutenu la mise en œuvre de l'accord de paix ou comme la mission de surveillance frontalière à Rafah, l'UE a été le seul acteur international que les parties au conflit ont accepté comme "tierce partie" neutre. Ceci signifie qu'aucune autre enceinte que l'UE n'aurait pu dans cette situation concrète endosser les responsabilités.

Enfin, l'UE a trouvé un chemin pour gérer les crises qui fait désormais office d'exemple; l'ont également montré vendredi dernier les débats menés dans le cadre de la rencontre des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN où beaucoup pensent de la même façon. Je fais ici référence au lien entre les moyens militaires et civils, à savoir l'association de la résolution des conflits et de la garantie de la paix d'une part et le soutien dans la reconstruction d'autre part. Comme en Bosnie où l'UE veille au maintien de la sécurité et forme parallèlement la police. Ou au Congo où l'on a mené, en marge de l'opération de sécurisation des élections, deux missions visant à conseiller la police et à réformer le secteur de la sécurité.

Donc, si nous regardons en arrière, nous pouvons absolument être fiers de ce qui a déjà été réalisé. Nous sommes cependant tous conscients que ce chemin n'a pas été facile et reste difficile. Au sein de l'Union, on mène à juste titre des débats intensifs sur chaque étape pour étendre la PESD et sur chaque nouvelle mission.

Il en va de même dans les États membres qui mettent des troupes à disposition. Nous nous souvenons encore en Allemagne des débats controversés sur l'opération au Congo avant que le gouvernement fédéral et le Bundestag n'approuvent cette intervention. À la fin de ces débats, nos soldats se sont envolés pour l'Afrique avec le soutien d'une grande majorité du Bundestag.

J'aimerais maintenant, devant nos invités étrangers ici présents, m'associer expressément au principe selon lequel le Parlement doit exprimer son approbation pour l'intervention à l'étranger des Forces armées fédérales. Il ne s'agit en aucun cas de formules abstraites de droit constitutionnel, lourdes et exigeant beaucoup de temps; il en va au contraire de l'essence de notre conception de la constitution. L'approbation du Bundestag constitue la légitimation de l'intervention et l'assurance personnelle de chaque soldat sur le terrain.

Nos partenaires et alliés savent aussi que le Bundestag prend rapidement ses décisions lorsque la situation l'exige.

 

Mesdames et Messieurs,

En dépit de tous ces succès remarquables, nous n'avons aucune raison de céder à l'auto¬satisfaction. Nous vivons dans une époque dynamique et notre environnement de politique de sécurité change en permanence. Nous n'avons aucun motif de nous reposer sur les lauriers des missions réussies. Nous devons nous assurer que notre palette d'instruments, nos capacités et nos concepts restent adaptés aux missions qui changent sans cesse.

Dans ce contexte, j'aimerais évoquer les relations entre l'UE et l'OTAN. J'ai dit au début de ce discours que le gouvernement fédéral accordait une grande valeur à un partenariat stratégique fructueux pour les deux parties. Or, je pense que nous sommes encore loin d'avoir épuisé le potentiel de cette coopération.

La collaboration concrète est efficace dans chacune des missions, que ce soit en Bosnie-Herzégovine ou pour venir en aide à l'Union africaine au Soudan et au Darfour. Au Kosovo aussi, l'UE et l'OTAN travailleront en étroite collaboration pour préparer la mission prévue de la PESD. Il en va de même pour l'Afghanistan, d'autant plus lorsque l'UE veut renforcer sa participation à la formation du personnel de sécurité afghan, thème qui fait actuellement l'objet de débats.

J'espère qu'il ressortira de cette coopération sur le terrain des impulsions pour une nouvelle qualité politique des relations entre les deux organisations. Nous souhaitons se voir déve¬lopper un dialogue stratégique entre l'OTAN et l'UE sur les missions communes de sécurité et un véritable partenariat stratégique dans le cadre duquel les points forts de l'UE et de l'OTAN se complètent intelligemment.

 

Mesdames et Messieurs,

Permettez-vous de dire quelques mots sur les missions de la Politique européenne en matière de sécurité et de défense inscrites dans un avenir proche, sous la présidence allemande.

Le président Ahtisaari, Représentant spécial des Nations Unies, envisage de présenter ses recommandations pour le futur statut du Kosovo au début du mois de février. Si l'on devait réussir à mettre en œuvre la solution sur le statut, il faudrait que cette mise en œuvre soit garantie par une vaste présence internationale.

L'UE a indiqué sa volonté en ce sens et se trouve à la veille de la mission civile la plus importante et la plus ambitieuse mise en œuvre jusqu'ici dans le cadre de la PESD. La MINUK lui délèguera la responsabilité dans les domaines de la justice et de la police et cette mission de police de la PESD serait également la première à être dotée, en dehors de pouvoirs consultatifs, de prérogatives exécutives souveraines.

En Bosnie-Herzégovine, la situation a, dix ans après la signature de l'Accord de Dayton, évolué d'une façon qui a permis, au point de vue sécuritaire, de réduire dans une certaine mesure la plus grande mission militaire que l'UE ait jusqu'à présent menée. Parallèlement, nous poursuivons notre engagement civil dans la formation de la force de police.

En République démocratique du Congo, l'engagement civil est à nouveau au premier plan maintenant que l'intervention visant à sécuriser les élections est terminée. En plus de son soutien financier et de la coopération au développement, l'UE continue ses deux missions civiles, à savoir conseiller la police congolaise et apporter son aide dans la réforme du secteur de la sécurité congolais, deux domaines clés pour une bonne gouvernance.

Au Proche-Orient, les missions civiles de l'UE, c'est-à-dire la mission de surveillance au poste frontière de Rafah et la constitution d'une force de police palestinienne, accompagnent notre engagement politique plaidant pour la reprise du Quartette et le soutien du président Abbas.

Même si la victoire électorale du Hamas et la crise au Proche-Orient de l'été 2006 ont com¬pliqué les conditions de ces deux interventions, même si le poste frontière de Rafah doit malheureusement être fermé plus souvent depuis, nous tirons le bilan suivant: depuis novembre 2005, presque 350 000 personnes ont traversé le poste frontière dans les deux sens, une contribution qu'il ne faut pas sous-estimer alors qu'on essaie d'améliorer la situation humanitaire précaire dans la bande de Gaza.

Les prochaines semaines verront aussi les consultations sur une possible mission de police de la PESD en Afghanistan. Nous savons tous à quel point la situation y est critique et à quel point l'engagement international y est en même temps important. Nous venons justement d'en discuter avec le ministre des Affaires étrangères lors de la rencontre de la Troïka avec l'Afghanistan: sans développement, il n'y a pas de sécurité tout comme il ne peut pas y avoir de développement sans sécurité. Nous devons conquérir le cœur des Afghans et nous devons parvenir à faire avancer de façon convaincante la reconstruction civile si nous voulons être en mesure de stabiliser la situation durablement.

En plus de planifier et de mener ces opérations concrètes, nous devons poursuivre durant les mois à venir les efforts visant à consolider en général la capacité d'action de la PESD. Depuis le 1er janvier 2007, les groupements tactiques rapidement déployables sont prêts à intervenir, et l'Allemagne, conjointement avec les Pays-Bas et la Finlande, met un groupement de ce genre à disposition pendant les six premiers mois de 2007.

Par ailleurs, nous continuerons à faire avancer l'augmentation systématique des capacités civiles de l'UE pour gérer les crises. C'est justement cet aspect civil qui caractérise la PESD. L'Allemagne s'est engagée dès le début pour que les capacités civiles et militaires soient développées au même rythme, et continuera d'insister sur ce point.

Cela s'applique également à l'approfondissement des partenariats stratégiques. La coopération avec les Nations Unies se trouve tout en haut de l'ordre du jour, en vis-à-vis de celle avec l'OTAN. Dans la stratégie européenne de sécurité, l'UE s'est exprimée en faveur d'un ordre mondial fondé sur un multilatéralisme efficace avec les Nations Unies en son centre, ce qui se traduit par une coopération concrète. Au Congo, main dans la main avec la mission de l'ONU, la MONUC; au Kosovo où la mission de l'UE a pris la relève de la MINUK; en Bosnie où les deux enceintes travaillent en étroite coopération. Nous voulons approfondir encore davantage cette coopération pendant la présidence allemande.

 

Mesdames et Messieurs,

Qu'en est-il de l'avenir de la PESD? Dans le monde complexe dans lequel nous vivons aujourd'hui, les États européens ne peuvent s'affirmer en matière de sécurité que s'ils agissent ensemble. Le traité constitutionnel comporte aussi des avancées pour la PESD, une raison de plus pour laquelle nous en avons besoin.

Permettons-nous de réfléchir à des visions à long terme: depuis la définition pas à pas d'une politique de défense commune jusqu'à une option de défense européenne commune.

On parle beaucoup actuellement d'une crise au sein de l'UE. Et d'un manque de visions. Une défense européenne commune … Ne serait-ce pas là une bonne candidate?

Dans le domaine de la politique de sécurité et de défense, nous, Européens, avons besoin de plus de développement et d'acquisition d'équipement en commun, et d'une meilleure concertation des tâches prioritaires. Cela serait non seulement raisonnable au niveau politique, mais présenterait aussi des avantages pour les budgets des États membres. C'est précisément une des raisons pour lesquelles nous avons créé il y a trois ans l'Agence européenne de défense.

Il s'agit à court et à moyen terme de nous préparer le mieux possible aux missions qui nous attendent sur le terrain. Alors que l'intervention au Congo vient de se terminer et que nous nous trouvons à la veille de la mission au Kosovo, des questions s'imposent d'elles-mêmes: disposons-nous de suffisamment de capacités de planification et de direction européennes pour mener des missions militaires et civiles complexes et indépendantes? Faut-il procéder à une adaptation des procédures de planification? Exploitons-nous tout le potentiel des nou¬veaux instruments tels que la cellule civilo-militaire au sein du Secrétariat du Conseil?

Cette conférence nous offre aujourd'hui et demain la possibilité de discuter de questions fondamentales de la Politique européenne en matière de sécurité et de défense en dehors du cadre de travail habituel des organes à Bruxelles.

Je souhaite que les débats soient ouverts et constructifs. La PESD est certes une histoire à succès, mais un nouvel élan et des impulsions critiques ne peuvent pas lui faire de tort!

Je vous remercie.



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Date: 31.01.2007