Je voudrais remercier la présidence finlandaise pour son remarquable travail que nous avons l'intention de poursuivre dans les six mois à venir.
Nous aussi, nous nous sommes préparés intensivement à notre présidence du Conseil. Nous connaissons les attentes et nous savons qu'elles sont très grandes. Nous sommes prêts à assumer cette responsabilité et nous nous réjouissons des possibilités d'action liées à l'exercice de la présidence.
Il est clair qu'aucune présidence ne peut "repartir de zéro", et ne le voudrait pas non plus. Nous considérons que nous avons l'obligation de poursuivre le programme de travail prévu dans les agendas de Bruxelles. Naturellement, là où ce sera possible, nous tenterons de fixer nos priorités pour faire avancer le projet européen.
Nous sommes tous conscients que les temps ne sont pas faciles pour l'Europe. Permettez-moi cette remarque préliminaire, bien que ce soit contradictoire, c'est lié aux succès de la construction européenne.
La paix, la prospérité et la stabilité, telles que nous les connaissons aujourd'hui, ne seraient pas concevables sans l'UE. D'un autre côté, nous voyons que les anciens arguments sont certes toujours valables mais qu'ils ne sont plus suffisants. L'UE traverse une crise, du moins nombreux sont ceux qui ont cette impression et qui ne la croient pas capable de maîtriser les nouvelles tâches auxquelles nous confronte la mondialisation.
Je suis convaincu que nous avons la chance et le devoir de reconquérir une partie de la confiance perdue.
Pour cela, nous poursuivrons trois approches clé:
Nous devons montrer que l'Union européenne est capable de relever les défis mondiaux de manière efficace. L'union fait la force de l'Europe. Dans ce sens la présidence allemande s'est donnée symboliquement pour devise "Ensemble, nous réussirons l'Europe".
Relations extérieures
Dans le domaine de la politique étrangère en particulier, nous savons ce qui est prévisible. Mais nous savons aussi que ce qui peut nous occuper le plus nous arrive par surprise. Prenez par exemple l'escalade de la crise libanaise au début de la présidence finlandaise ou la querelle entre l'Ukraine et la Russie au sujet du gaz au début de la présidence autrichienne. Personne ne pouvait prévoir ces développements.
Si nous en restons à ce qui est prévisible durant notre présidence, les thèmes suivants pourront être traités:
La Turquie: nous avons trouvé la semaine dernière, lors du Conseil Affaires générales, une solution qui réaffirme les attentes que nous plaçons dans la Turquie mais qui ne ferme pas la porte des négociations. Nous avons fait comprendre à la Turquie qu'elle doit remplir ses obligations. En même temps, nous avons donné un signal selon lequel ces négociations, même réduites, seront poursuivies. Dans un futur proche, il sera crucial de débloquer le développement économique du nord de Chypre et de relancer le processus des Nations Unies. Nous souhaitons poursuivre les efforts entrepris par la présidence finlandaise dans ce domaine et nous sommes en contact étroit avec nos amis finlandais, la Commission et la République de Chypre.
Dès le début de l'année, nous serons très vite confrontés à la question du Kosovo. À la suite des élections en Serbie le 21 janvier, le président M. Ahtisaari soumettra une proposition de compromis pour la question du statut. Pour l'ensemble du processus, une étroite collaboration au sein de l'UE mais aussi du groupe de contact est essentielle. Pour garantir le règlement de la question du statut, nous allons préparer la plus grande mission civile que la PESD ait mise en œuvre jusqu'ici.
La tâche est également difficile au Proche-Orient, comme le soulignent les événements actuels. Au Liban, l'UE est appelée à relever le défi de contribuer à la stabilisation de la situation. Dans ce but, nous allons encourager le dialogue national qui est particulièrement nécessaire. Dans les territoires palestiniens, la situation intérieure s'aggrave. Notre priorité est de soutenir le président M. Abbas dans les efforts qu'il entreprend pour préserver l'unité nationale sur la base des critères du Quartette. Je lui ai téléphoné hier à ce sujet.
Nous plaiderons pendant notre présidence pour des contacts directs entre Israéliens et Palestiniens afin de consolider et d'élargir le cessez-le-feu et de nous mobiliser pour revitaliser le Quartette pour le Proche-Orient. J'ai eu des entretiens préparatoires à ce sujet dans la région et à Washington. Après-demain, la question sera également abordée lors de mes entretiens à Moscou.
Dans l'ensemble, nous voulons que notre présidence soit à la hauteur du rôle important et croissant de l'UE dans le domaine de la politique étrangère. Les succès que l'UE a remportés dans ce domaine, nous les devons tout particulièrement au haut représentant pour la PESC Javier Solana. Nous avons l'intention de travailler très étroitement avec lui et de continuer à le renforcer pendant notre présidence. En effet, c'est lui qui présidera un grand nombre de réunions importantes avec des États partenaires et des organisations.
Je voudrais évoquer l'actualité et mentionner le jugement qui vient d'être prononcé aujourd'hui en Libye contre les infirmières bulgares. J'étais moi-même il y a quelques semaines en Libye et j'ai insisté sur nos attentes dans tous mes entretiens. Je suis donc tout particulièrement déçu que la condamnation à mort des infirmières bulgares et du médecin palestinien a été confirmée.
Les reproches qui leur sont faits sont inadmissibles, et je voudrais encore une fois répéter ce que j'ai déjà dit à Tripoli: il est urgent de rechercher un règlement humanitaire de cette tragédie. C'est également très important pour l'avenir des relations de l'UE avec la Libye.
Relations de l'Europe avec ses voisins
Avec l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie au 1er janvier, l'Europe aura de nouveaux voisins. Nous serons désormais les riverains directs de la région de la mer Noire. C'est également une occasion de réexaminer les relations que nous entretenons avec nos voisins à l'est et de les doter de meilleurs fondements.
Il est clair que nous en restons à une seule et unique politique de bon voisinage. Nous nous concerterons étroitement avec la présidence portugaise qui nous succédera. Je voudrais expressément renouveler mes remerciements pour la bonne coopération avec la Commission. Dans ce domaine également, la commissaire Madame Ferrero-Waldner est une précieuse partenaire. Je me réjouis de pouvoir aussi coopérer très étroitement avec elle.
Conjointement, nous souhaitons donner des impulsions à la politique de bon voisinage. Le concept actuel a apporté une contribution importante à l'approfondissement des relations avec les partenaires dans le voisinage immédiat de l'UE. Je pense cependant que nous devons encore faire plus et ce, pour tous les voisins de l'UE, à l'est et au sud. Il s'agit de renforcer la coopération dans différents secteurs, de participer au marché intérieur et d'augmenter les échanges scientifiques et culturels.
En outre, nous devrons également nous intéresser à l'Asie centrale, une région importante du point de vue stratégique, qui a expressément formulé le souhait d'avoir plus de contacts avec l'UE. Il s'agit du développement et de la stabilité au niveau régional dans un voisinage pas très facile, et il s'agit aussi de coopérer dans le domaine énergétique. Nous souhaitons remplir le mandat du dernier Conseil européen et lancer une stratégie cohérente à l'égard de la région. Ce faisant, il est important d'aborder clairement et ouvertement les questions des droits de l'homme, de l'État de droit et des principes fondamentaux démocratiques.
Les relations UE-Russie revêtiront également une importance particulière. Nous accorderons un grand intérêt à l'existence de liens durables entre la Russie et l'UE. J'espère que le mandat pour la négociation de l'accord de partenariat et de coopération pourra bientôt être entériné au sein de l'UE. Je me rendrai demain pour deux jours à Moscou et j'insisterai auprès de nos partenaires russes pour trouver une solution de compromis.
Les négociations sont une bonne occasion de doter les relations entre l'UE et la Russie d'une nouvelle base pour tous les domaines importants.
L'approche stratégique est à mes yeux déterminante: il ne s'agit pas d'assister passivement au développement de la Russie, au contraire. Certaines choses soulèvent des questions. Mais nous ne pourrons soutenir une orientation durable vers l'État de droit et la démocratie que si nous recherchons la coopération partenariale – dont fait partie aussi la critique quand elle est justifiée. Mais ce n'est pas seulement en critiquant que nous parviendrons à influencer le cours des choses comme nous l'entendons. Nous devons faire à la Russie des propositions là où nos intérêts communs se recoupent.
La coopération énergétique notamment représente un domaine clé. Nous devons lui donner une nouvelle base et inscrire également dans l'APC les principes fondamentaux importants. Cela comprend la réciprocité de l'accès au marché, l'acceptation des règles sévères de l'UE qui régissent la concurrence pour toutes entreprises actives de l'UE; la stabilité et la fiabilité du cadre juridique des deux côtés.
Énergie et climat
Le sommet du printemps sera principalement consacré à l'énergie. Il importe de contrôler notre dépendance des importations et d'atteindre un approvisionnement énergétique sûr, économique et compatible avec l'environnement. Les relations extérieures en matière d'énergie représentent un aspect essentiel.
D'autre part, nous prévoyons un plan d'action de l'UE pour les questions énergétiques sur la base du paquet de propositions que la Commission présentera le 10 janvier.
La politique climatique est étroitement liée aux questions énergétiques. Nous devons défendre avec détermination le rôle de leader international de l'UE pour la protection du climat, en particulier pour la formulation des objectifs post-Kyoto. Le développement du commerce des émissions occupe également une place prioritaire.
La sécurité de l'approvisionnement énergétique et la protection du climat sont liées de manière productive: les conséquences des changements climatiques concernent souvent les pays très pauvres. Les énergies renouvelables que nous avons développées constituent pour beaucoup de personnes la seule chance d'avoir accès à l'électricité et de réduire les factures des importations énergétiques de plus en plus lourdes.
Ce qui sert au climat fournit donc une contribution importante à la lutte contre la pauvreté et crée plus de sécurité. La sécurité de l'approvisionnement énergétique, la protection du climat, le développement et la sauvegarde de la paix doivent et peuvent très bien être conciliés. L'énergie et le climat sont aussi des thèmes étroitement liés à ceux du processus du G8. Par ailleurs, cette imbrication apparaît également quand il est question du Kosovo ou de l'Afrique.
Processus constitutionnel
Le blocage du processus constitutionnel constitue une entrave sur le fond. Par ailleurs, au plus tard après l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, des modifications institutionnelles seront nécessaires. Aujourd'hui, le blocage du projet constitutionnel est une mise en garde en ce qui concerne la paralysie de l'Europe. Il faut réagir et faire preuve d'engagement. La position de l'Allemagne à l'égard de la constitution est connue. Nous partageons cette position avec plus des deux tiers des États membres. Nous saluons toutes les initiatives propres à insuffler une nouvelle dynamique au projet constitutionnel.
Cependant, l'exercice de la présidence nous assigne d'être un honnête courtier entre tous les États membres et leurs intérêts. C'est une mission que nous prenons très au sérieux. Dans un premier temps, nous allons donc d'abord écouter et poser des questions. Deux représentants du gouvernement fédéral chercheront le dialogue avec tous les États membres et la Commission.
Ces efforts déboucheront sur deux domaines de discussion:
Dans une déclaration sur le sommet de Berlin, les 24 et 25 mars, nous voulons présenter dans un langage compréhensible par tous la raison d'être du projet européen, expliquer pourquoi il n'y a pas d'alternative et décrire les défis que nous devons relever ensemble à l'avenir.
D'autre part, nous soumettrons pour le Conseil européen de juin 2007 une proposition relative aux moyens de poursuivre le processus constitutionnel. Ce ne sera pas un nouveau texte constitutionnel, comme vous le savez tous ici. D'un point de vue réaliste, nous pourrons nous attendre à une feuille de route concertée pour la marche à suivre que nous voulons compléter en esquissant une solution. Cette tâche à elle seule représentera beaucoup de travail, mais je suis confiant que nous serons à la hauteur.