Du 18 jusqu'au 20 février, le ministre fédéral des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier a été en tournée dans le Caucase du Sud. L'accent est particulièrement mis sur cette région dans le cadre du développement de la politique européenne de voisinage, une des priorités en matière de politique étrangère de la présidence allemande de l'UE. Les trois pays de la région, Azerbaïdjan, Géorgie, Arménie, ont été inclus dans la politique européenne de voisinage en 2004, notamment à l'initiative de l'Allemagne. Le 14 novembre 2006, des plans d'action ont été adoptés avec ces trois pays, dont la mise en oeuvre devrait les rapprocher davantage des critères européens.
À Bakou, première étape de sa tournée, le ministre fédéral Steinmeier a rencontré ce matin (19 février) le ministre azerbaïdjanais des Affaires étrangères Elmar Mamediarov. L'entretien a eu lieu la veille du 15ème anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre l'Allemagne et l'Azerbaïdjan. Outre la politique européenne de voisinage, le thème de l'énergie et le conflit du Haut-Karabakh étaient à l'ordre du jour. Les deux ministres ont accordé une grande importance à la coopération dans le cadre de la politique européenne de voisinage. Après l'adoption du plan d'action, on veut maintenant "regarder vers l'avenir" et découvrir de nouveaux potentiels pour la coopération, selon les propos du ministre fédéral Steinmeier. Il a également souligné que le rapprochement à l'UE dépend cependant des progrès réalisés dans le processus de réforme en Azerbaïdjan. Des progrès majeurs ont déjà été enregistrés dans le domaine de l'économie; l'abolition de la peine de mort et la mise en place du poste de médiateur constituent aussi des avancées importantes. Il s'agit maintenant "de poursuivre sur cette voie et d'ancrer l'État de droit et la démocratie dans les structures propres à l'État et à la société."
Le thème de l'énergie a aussi joué un grand rôle en Azerbaïdjan. L'Union européenne travaille actuellement à une stratégie énergétique qui devrait accorder une place de choix aux relations extérieures énergétiques. L'Azerbaïdjan, où se trouve selon le ministre fédéral Steinmeier le "berceau de l'extraction pétrolière et gazière", est de plus en plus au centre de l'attention aussi bien comme producteur d'énergie que comme pays de transit. Dans le domaine de l'énergie, il existe encore de nombreuses possibilités de coopération, tant entre les gouvernements que pour les entreprises.
À Bakou, le programme prévoit en outre des rencontres avec le président azerbaïdjanais Ilham Aliev et avec le président de l'entreprise d'État pétrolière et gazière SOCAR.
En début d'après-midi, le ministre fédéral Steinmeier est attendu dans la capitale géorgienne, Tbilissi. Mardi (20 février), sa tournée dans le Caucase du Sud se terminera en Arménie.
Le premier ministre Noghaideli a souligné que la Géorgie désirait avant tout poursuivre la réforme de la justice. Cette réforme est, selon lui, une des plus complexes, réforme pour laquelle un plan a été élaboré conjointement avec des experts de l'UE. Le ministre fédéral Steinmeier lui a également promis de continuer à l'aider dans cette réforme.
Le ministre fédéral Steinmeier a exprimé son espoir de voir la détente dans les relations russo-géorgiennes entraîner une dynamique positive, car, a-t-il déclaré, le dialogue et la confiance sont des conditions essentielles pour une résolution pacifique des conflits régionaux en Ossétie du Sud et en Abkhazie. Le ministre allemand a déclaré, dans ce contexte, que le règlement de statut du Kosovo ne ferait pas jurisprudence dans le cas des "conflits gelés" dans le Caucase du Sud. Le Kosovo est "un cas unique et ne constitue pas, dans les relations internationales, un modèle de solution pour les conflits relevant du droit international," a-t-il ajouté.
Le ministre des Affaires étrangères Bejouachvili a répété que la Géorgie était intéressée par une adhésion prochaine à l'OTAN et a déclaré qu'en se rapprochant de l'OTAN, on désirait suivre de "nouvelles voies qualitatives". Le ministre fédéral Steinmeier a ici indiqué que la question d'une adhésion à l'OTAN devait être examinée uniquement par l'Alliance et la Géorgie. Les États tiers ne peuvent exercer aucune influence sur la situation, a t il précisé.
Le ministre fédéral Steinmeier a dîné avec le président géorgien Mikheil Saakachvili.
Mardi (20 février), M. Steinmeier a commencé la journée en prenant le petit-déjeuner avec l'ancien président géorgien, Eduard Shevardnadze. Alors qu'il était ministre des Affaires étrangères de l'Union soviétique, celui-ci a été un des architectes de l'unité allemande. Tous deux désiraient s'entretenir des développements dans l'espace post-soviétique.
Vers midi, le ministre fédéral Steinmeier est parti vers l'Arménie, dernière étape de son voyage. Il s'y est tout d'abord entretenu avec le ministre des Affaires étrangères Vartan Oskanian.
Lors de la conférence de presse qui a suivi, le ministre fédéral Steinmeier a souligné l'importance que revêtent pour l'Arménie les élections législatives prévues en mai. Il espère qu'il en ressortira un gouvernement qui continuera systématiquement sur la voie des réformes suivie jusqu'à présent. L'UE, a-t-il ajouté, participera à la mission internationale d'observation de l'OCDE et du BIDDH. L'Allemagne dépêchera à elle seule environ 30 des quelque 300 observateurs.
Selon M. Oskanian, la visite du ministre allemand des Affaires étrangères est, en raison de la présidence allemande de l'UE, essentielle pour les relations entre l'UE et l'Arménie. Le ministre fédéral Steinmeier a fait référence au plan d'action adopté à la fin de l'année dernière, plan qui contient de nombreuses approches pour la coopération et qu'il convient maintenant de mettre en œuvre. Il a ajouté que l'on voulait parallèlement renforcer la coopération régionale autour de la mer Noire. L'Arménie veut également y participer activement. Les possibilités de cette coopération transnationale seraient cependant restreintes par les conflits régionaux existant dans le Caucase du Sud. Le ministre fédéral Steinmeier a exprimé son espoir que les pays du Caucase du Sud reconnaissent, à l'instar des États membres actuels de l'UE dans les années 1950, les diverses perspectives et possibilités qu'offre pour toutes les parties une coopération régionale intensive.
En ce qui concerne le conflit latent du Haut-Karabakh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, M. Steinmeier a exprimé son souhait que les documents élaborés ces derniers mois sous la médiation des co-présidents du groupe de Minsk (France, Russie, États-Unis) contiennent des éléments qui puissent contribuer à une solution. Dans ce cadre, a-t-il précisé, une "porte pour des négociations finales" pourrait s'ouvrir après les élections législatives en Arménie qui se tiendront en mai de cette année. En outre, une résolution du conflit du Haut-Karabakh offrirait pour l'Arménie plus de chances de déployer ses possibilités économiques. Le ministre arménien des Affaires étrangères Oskanian n'a pas expressément exclu une solution cette année encore du conflit du Haut-Karabakh.
Dans les relations entre l'Arménie et la Turquie aussi, il existe, selon le ministre fédéral, "encore de nombreux problèmes non résolus et des postes frontière, surtout, restent fermés". Selon le ministre allemand, la participation du vice-premier ministre arménien aux obsèques de Hrant Dink en Turquie a été dans cette optique un petit signe encourageant. M. Steinmeier a déclaré qu'il espérait que ceci permettrait de progresser dans l'amélioration des relations bilatérales. Son collègue arménien s'est toutefois montré à cet égard plus pessimiste.
À la fin de son voyage, M. Steinmeier a mis l'accent sur les efforts de transformation considérables fournis par les trois pays du Caucase du Sud depuis le début des années 1990. Il considère que ce processus de réforme, concernant également les structures internes à l'État, sera poursuivi de manière systématique. Il a déclaré qu'en effectuant ce voyage, il voulait envoyer un signal clair de la volonté de l'UE à s'engager plus fortement dans le Caucase du Sud. L'intérêt européen est en effet de voir un développement stable dans le voisinage immédiat de l'Union européenne. C'est pourquoi la présidence allemande de l'UE s'engage en faveur d'une politique européenne de voisinage engagée. En ce sens, le ministre fédéral Steinmeier a indiqué avoir trouvé dans la région des partenaires intéressés.